- Le 12 octobre à Goma, dans l’est de la RDC, il a été annoncé que l’AFC et le M23 seraient remplacés par le Front de la reconstruction nationale (FRN), présidé par Joseph Kabila

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RDC : la prise de tête d’une coalition armée par l’ancien président Kabila accentue les tensions

ISTANBUL (AA)

La prise de la tête d’une coalition armée opérant dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) par l’ancien président Joseph Kabila accentue les tensions entre le gouvernement et les forces d’opposition, tout en relançant les interrogations sur l’avenir des initiatives de paix en cours.

Dans une déclaration faite le 12 octobre dans la ville de Goma, dans l’est de la RDC, il a été annoncé que l’Alliance du fleuve Congo (AFC) et le Mouvement du 23 mars (M23) seraient remplacés par une nouvelle structure politico-militaire baptisée Front de la reconstruction nationale (FRN), dont Kabila a été nommé président.

Parmi les vice-présidents de cette nouvelle coalition figurent Corneille Nangaa, ancien dirigeant de l’AFC, et Bertrand Bisimwa, l’un des responsables politiques du M23. Sultani Makenga, chef militaire du M23, a été nommé commandant militaire de la nouvelle structure.

Le FRN a annoncé vouloir rassembler les forces d’opposition au président Félix Tshisekedi à l’échelle nationale, sans exclure le recours à la lutte armée pour atteindre ses objectifs politiques.

Depuis la création de cette coalition, les affrontements entre les forces gouvernementales et les groupes armés se poursuivent dans l’est du pays.

Selon des analyses sécuritaires publiées le 21 octobre, des combats ont notamment opposé les forces gouvernementales et les milices Wazalendo, qui leur sont alliées, aux combattants du FRN dans les environs de Kaziba, dans la province du Sud-Kivu.

Ces affrontements ont contraint des milliers de familles à fuir leurs domiciles.

- D’un parcours militaire à la présidence

Né le 4 juin 1971 dans la région du Sud-Kivu, en RDC, Joseph Kabila a commencé sa carrière politique en assumant des fonctions militaires dans la lutte menée par son père, Laurent-Désiré Kabila, contre le régime de Mobutu Sese Seko.

Après l’assassinat de son père, le 16 janvier 2001, il a accédé à la présidence à l’âge de 29 ans, dans un contexte où le pays était divisé sur les plans politique et militaire par la deuxième guerre du Congo.

En 2002, Kabila a signé un accord de paix avec le Rwanda. À la suite des accords conclus entre les différentes parties congolaises, il a dirigé le gouvernement de transition mis en place en 2003.

Élu président en 2006 à l’issue d’un scrutin multipartite remporté face à Jean-Pierre Bemba, il a entamé un second mandat en 2011, après une élection controversée.

Son mandat constitutionnel ayant expiré en 2016, Kabila est resté au pouvoir pendant deux années supplémentaires en raison du report des élections. Il a finalement transmis ses fonctions à Félix Tshisekedi en janvier 2019, à l’issue du scrutin de 2018.

Cette alternance est considérée comme le premier transfert pacifique du pouvoir d’un président en exercice à son successeur élu dans l’histoire de la RDC.

- De l’alliance avec Tshisekedi à l’opposition politique

Après son départ de la présidence, les alliés politiques de Kabila ont continué à exercer une influence au sein de l’administration Tshisekedi et du Parlement. Toutefois, l’alliance entre les deux dirigeants s’est rompue en 2020, entraînant un recul progressif de l’influence politique de l’ancien président.

Depuis 2023, Kabila, qui vit principalement à l’étranger, a relancé ses activités politiques en retournant en mai 2025 à Goma, une ville contrôlée par le M23.

En mai 2025, le Sénat congolais a levé son immunité parlementaire, ouvrant la voie à des poursuites devant la justice militaire. Le 30 septembre 2025, il a été condamné à mort par contumace pour « trahison », « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité ».

Kabila rejette ces accusations et affirme que la procédure judiciaire engagée contre lui est motivée par des considérations politiques.

Sa prise de fonction à la tête de la nouvelle coalition accentue également les incertitudes entourant les négociations de paix menées à Doha et les perspectives d’un règlement politique du conflit dans l’est de la RDC.

- Le gouvernement réagit et réaffirme son soutien au processus de paix

Le gouvernement congolais insiste sur la nécessité de résoudre les différends politiques dans le respect du cadre constitutionnel, tout en se prononçant en faveur de la poursuite des négociations de paix à Doha.

Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a qualifié, le 19 octobre, lors d’une intervention sur Top Congo FM, la prise de la tête de la coalition armée par Kabila de menace contre l’ordre constitutionnel.

Il a accusé l’ancien président de chercher à revenir au pouvoir par la lutte armée, estimant que la nouvelle structure ne modifiait pas les objectifs de l’AFC/M23.

Par ailleurs, le ministère congolais de l’Intérieur a donné instruction d’interdire les activités du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), dirigé par Kabila, ainsi que celles de certaines autres formations politiques.

*Traduit du turc par Sanaa Amir

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