-Critiquée pour ses démentis sur le soutien présumé de son pays aux paramilitaires soudanais, la diplomate émiratie assure de sa loyauté envers les Nations unies
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Plusieurs organisations de défense des droits humains ont appelé mardi les grandes puissances à empêcher l’Émiratie Lana Nusseibeh d’accéder au poste de secrétaire générale de l’ONU, dénonçant le soutien présumé de son pays aux paramilitaires soudanais.
La diplomate de 48 ans a présenté sa candidature le 21 octobre, alors qu’aucun prétendant n’a réuni les soutiens nécessaires pour succéder à António Guterres, dont le deuxième mandat s’achève le 31 décembre.
Au Soudan, confronté à l’une des plus graves crises humanitaires au monde, l’armée et des observateurs internationaux accusent Abou Dhabi d’armer les Forces de soutien rapide (FSR). Les Émirats démentent toute ingérence. Lorsqu’elle représentait son pays à l’ONU, Lana Nusseibeh avait également rejeté les conclusions d’experts onusiens jugeant ces accusations crédibles.
-Son indépendance mise en cause
« Je pense que sa candidature […] est totalement inappropriée car elle nie la réalité », a déclaré Kenneth Roth, ancien directeur exécutif de Human Rights Watch, lors d’une conférence de presse en ligne réunissant plusieurs organisations.
Kate Ferguson, codirectrice de l’ONG britannique Protection Approaches, a mis en doute son indépendance et évoqué une possible « tentative délibérée de captation de l’ONU par des régimes autocratiques, avec l’appui des États-Unis ».
Lors de son audition mardi à l’ONU, Lana Nusseibeh a assuré que mettre fin au conflit soudanais serait « le véritable test de la réussite du prochain secrétaire général ». Qualifiant d’« épouvantables » les atrocités des FSR, elle a promis de soutenir les mécanismes onusiens d’établissement des faits pour promouvoir l’obligation de rendre des comptes.
« Ma loyauté ira aux Nations unies et à la Charte de l’ONU », a-t-elle affirmé, précisant avoir pris un congé de ses fonctions ministérielles pour mener sa campagne, comme l’avait annoncé son équipe.
-Des oppositions parmi les grandes puissances
Lors du vote indicatif du 16 octobre, les sept candidats alors en lice avaient chacun reçu au moins un avis défavorable d’un membre permanent du Conseil de sécurité, selon des résultats rapportés de source diplomatique.
Rebeca Grynspan, à la tête de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), était arrivée en tête avec neuf avis favorables, cinq défavorables, dont deux de membres permanents, et un « sans opinion ».
Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Rafael Grossi, avait obtenu huit avis favorables, six défavorables, dont deux de membres permanents, et un « sans opinion ». Ces consultations confidentielles signalent des blocages possibles, sans constituer des vetos formels.
Le lendemain, l’ancien président sénégalais Macky Sall avait retiré sa candidature pour favoriser « l’émergence d’une candidature consensuelle ».
Une recommandation du Conseil nécessite neuf voix sur quinze, sans veto des États-Unis, du Royaume-Uni, de la France, de la Chine ou de la Russie, avant une nomination par l’Assemblée générale.
Introduites en 2016 pour rendre la sélection plus transparente, les auditions publiques permettent aux États et à la société civile d’interroger les candidats. La décision reste néanmoins tributaire d’un accord au Conseil de sécurité.
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