- Hailemariam Desalegn estime que la volonté de l’Éthiopie d’obtenir un accès à la mer constitue une aspiration nationale légitime qui doit être satisfaite par la voie des négociations
NAIROBI, Kenya (AA)
L’ancien Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn a défendu jeudi la volonté de son pays d’obtenir un accès à la mer Rouge, estimant qu’il s’agit d’une aspiration nationale légitime qui doit être satisfaite par des négociations pacifiques avec les pays voisins, dans un contexte de tensions régionales croissantes.
« L’accès à une ouverture maritime doit être considéré comme un catalyseur essentiel du développement régional conjoint », a déclaré Hailemariam dans un entretien accordé à l’agence de presse officielle éthiopienne ENA.
L’ancien chef du gouvernement, qui a dirigé le pays de 2012 à 2018, a estimé que le débat devrait porter sur les moyens permettant à l’Éthiopie de garantir un accès maritime fiable dans le cadre d’accords mutuellement avantageux, plutôt que de remettre en question la nécessité d’un tel accès pour le pays.
Il a souligné que la population éthiopienne, estimée à 130 millions d’habitants, ainsi que la croissance de son économie, faisaient de l’accès aux routes maritimes internationales une priorité majeure.
Hailemariam a également qualifié la perte de l’accès direct de l’Éthiopie à la mer de préjudice historique, estimant que la position géographique du pays et ses liens historiques avec les États de la région devraient être pris en compte dans les négociations.
Au cœur du différend figure le port stratégique érythréen d’Assab, situé sur la mer Rouge, qui constituait une importante porte d’entrée pour le commerce éthiopien avant la guerre frontalière entre les deux pays, de 1998 à 2000.
L’Éthiopie a perdu son accès au littoral lorsque l’Érythrée a obtenu son indépendance en 1993, mais a continué à utiliser le port d’Assab jusqu’à la détérioration de leurs relations à la suite du conflit.
Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a, à plusieurs reprises, présenté l’accès à la mer comme un enjeu essentiel pour le développement économique à long terme et la sécurité nationale de son pays, tout en affirmant que cette question devait être réglée par le dialogue.
L’Érythrée rejette les revendications territoriales de l’Éthiopie, les qualifiant de menace pour sa souveraineté.
Les deux pays avaient combattu côte à côte durant la guerre du Tigré, en Éthiopie, entre 2020 et 2022.
Leurs relations se sont toutefois détériorées depuis.
Hailemariam a appelé les gouvernements voisins à prendre en considération les retombées économiques d'infrastructures maritimes partagées et du commerce régional, estimant qu'un règlement négocié favoriserait la coopération et la stabilité à long terme.
Il a également estimé que l’opposition aux ambitions maritimes de l’Éthiopie était en partie motivée par des tentatives visant à affaiblir son influence régionale.
-Escalade des tensions entre l’Éthiopie et l’Érythrée
Les tensions entre les deux pays dépassent désormais le différend relatif à l’accès à la mer Rouge.
Plus tôt ce mois-ci, l’Éthiopie a accusé l’Érythrée d’avoir déployé des troupes dans sa région septentrionale du Tigré et de soutenir des groupes armés combattant les forces fédérales.
Dans une lettre adressée le 8 octobre au Conseil de sécurité des Nations unies, le ministre éthiopien des Affaires étrangères, Gedion Timothewos, a exigé le retrait des troupes érythréennes, avertissant qu’Addis-Abeba se réservait le droit de défendre son territoire.
Le groupe de surveillance des conflits ACLED a rapporté que des drones militaires éthiopiens avaient frappé des forces érythréennes près d’Adigrat le 7 octobre, provoquant leur retrait le lendemain.
L’Érythrée a rejeté les accusations éthiopiennes, les qualifiant de prétexte à une agression militaire.
Cette confrontation intervient alors que l’Éthiopie renforce son arsenal militaire.
Abiy Ahmed a annoncé mercredi la livraison de 12 avions de combat russes Su-35 et fait état de projets d’acquisition de quatre systèmes de défense antiaérienne S-400, suscitant des inquiétudes quant au risque d’un conflit de plus grande ampleur dans la Corne de l’Afrique.
*Traduit de l'anglais par Sanaa Amir
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