- Il attribue l'augmentation de la prime de risque réclamée à la France à la situation budgétaire, mais surtout à l’incertitude sur la capacité du gouvernement à faire adopter un budget 2027 sans majorité au Parlement.

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Taux, inflation, IA : le gouverneur de la Banque de France juge la situation différente de 2021-2022

AA / Istanbul / Mariem Njeh

Le gouverneur de la Banque de France et membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, Emmanuel Moulin, a estimé lundi que les marchés réagissaient « peut-être » trop fortement à la situation politique en France, tout en appelant les candidats à la présidentielle à s’engager pour une réduction du déficit.

S’exprimant lors du World in Progress Barcelona 2026, il a indiqué que la prime de risque réclamée à la France avait presque doublé depuis septembre, passant d’environ 0,8 % à 1,6 %. Il a indiqué que cette prime reflétait une situation budgétaire « pas très bonne » qui doit être redressée, mais surtout les incertitudes politiques liées à l’adoption d’un budget 2027 sans majorité au Parlement.

Il a rappelé que la Constitution prévoit plusieurs mécanismes permettant l’adoption d’un budget sans vote, jugeant « très probable » qu’il y en aura un.

Au niveau de la zone euro, Moulin a indiqué que l’inflation, autour de 3,8 %, restait nettement supérieure à l’objectif de 2 %, portée surtout par les prix de l’énergie (environ +18 %). La BCE, qui a relevé ses taux en juin et en septembre, les a laissés inchangés en octobre. Elle se réunira de nouveau en décembre et décide « réunion par réunion », souligne-t-il.

Le gouverneur a déclaré que la situation différait de 2021-2022, quand la reprise post-Covid s’était accompagnée d’une demande très forte, de perturbations des chaînes d’approvisionnement et de marchés du travail tendus. L’économie est aujourd’hui plus résiliente, mais la croissance est plus faible et le choc énergétique moins marqué, notamment sur le gaz.

« Nous sommes dans une situation assez différente de celle de 2021-2022, puisqu'à l'époque, nous sortions du Covid, il y avait une très forte demande qui avait été restreinte par le Covid, et donc quand l'économie est repartie, il y avait une très forte demande. Il y avait aussi des perturbations dans les chaînes de valeur, il y avait des marchés du travail qui étaient très tendus, avec un chômage faible, des difficultés de recrutement. Nous ne sommes plus du tout dans cette situation. Nous avons une économie qui est assez résiliente, mais une croissance qui n'est pas aussi importante que ce qu'il y avait en 2021-2022 en sortant du Covid, et le choc énergétique est aussi un peu plus faible, notamment sur le prix du gaz, même s'il reste assez important », explique-t-il.

Sur l’intelligence artificielle, il a évoqué un facteur de hausse des taux à court terme, avec des investissements des géants américains de la tech qui pourraient passer d’environ 400 milliards de dollars cette année à près de 1.000 milliards l’an prochain, de plus en plus financés par la dette. À plus long terme, elle pourrait en revanche exercer un effet déflationniste via les gains de productivité.

Il a mis en garde contre les « jugements définitifs » sur la trajectoire des taux, entre pression de l’IA, de la défense et du climat d’un côté, et vieillissement démographique de l’autre.

Anadolu Ajansı / Mariem Njeh — Anadolu Ajansı

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