- Des électeurs auraient reçu jusqu’à 50 000 nairas (environ 35 dollars) en échange de leurs voix lors de récentes élections locales, selon un rapport d’un dispositif d’observation électorale soutenu par l’Union européenne.
LAGOS (AA)
Les pratiques d’achat de voix constatées lors de récentes élections des gouverneurs dans deux États du Nigeria suscitent des inquiétudes quant à la crédibilité des élections générales de 2027, prévues dans trois mois, selon un rapport présenté mercredi par un dispositif d’observation électorale.
Le Centre d’observation électorale du programme de soutien de l’Union européenne à la gouvernance démocratique au Nigeria (EU-SDGN) a fait état de pratiques généralisées d’achat de voix lors des scrutins organisés le 20 juin dans l’État d’Ekiti et le 15 août dans celui d’Osun.
Présentant les conclusions du rapport à Abuja, Bolade Eyinla, conseiller technique principal de l’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (INEC), Mahmood Yakubu, a averti que l’achat de voix prenait une dimension de plus en plus organisée, menaçant la liberté de choix des électeurs ainsi que l’intégrité du processus électoral.
Selon le document, 77 % des 84 incidents vérifiés dans l’État d’Ekiti étaient liés à des pratiques d’achat de voix. Des représentants de partis politiques ont été identifiés comme les principaux acteurs dans au moins 90 % des cas recensés.
Dans l’État d’Osun, les observateurs ont également relevé de nombreux cas de transactions électorales, les sommes versées aux électeurs variant entre 10 000 et 50 000 nairas, soit environ 7,50 à 38 dollars.
Le dispositif d’observation soutenu par l’Union européenne s’est notamment inquiété de l’absence d’arrestations, d’enquêtes ou de poursuites judiciaires signalées à la suite de ces incidents.
Il a averti que cette apparente impunité risquait de favoriser la multiplication des infractions électorales à l’approche des prochaines échéances nationales.
Ces conclusions interviennent alors que le Nigeria se prépare aux élections générales de 2027, accentuant la pression sur les autorités électorales, les services de sécurité et les partis politiques pour lutter contre l’achat de voix et renforcer les garanties de transparence du scrutin.
Le Centre d’observation a appelé à une application plus rigoureuse de la législation électorale ainsi qu’à une plus grande transparence dans la gestion des résultats, notamment à travers leur publication à l’échelle des circonscriptions électorales locales.
Il a également exhorté les autorités compétentes à ouvrir des enquêtes et à engager des poursuites contre les personnes impliquées dans ces pratiques.
Le dispositif, composé d’organisations de la société civile nigériane, avait déployé plus de 1 400 observateurs citoyens dans les deux États concernés.
Malgré les irrégularités constatées, le rapport a salué certains aspects de l'organisation des scrutins par l’INEC, notamment le démarrage ponctuel des opérations de vote et la forte concordance entre les résultats officiels et les évaluations indépendantes.
Les observateurs ont enfin souligné que les enseignements tirés de ces deux élections devraient être pris en compte dans les préparatifs des élections générales de 2027, afin de garantir le secret du vote, de renforcer la responsabilité des acteurs électoraux et de préserver la liberté des citoyens de choisir leurs dirigeants.
*Traduit de l'anglais par Wafae El Baghouani
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