– La présidente du groupe LFI a désigné Emmanuel Macron et sa politique éducative comme « responsables » du mouvement lycéen et réclamé la démission du ministre de l’Intérieur
AA / Istanbul / Wafae El Baghouani
Les députés de La France insoumise (LFI) ont vivement mis en cause mardi la politique du gouvernement face à la mobilisation lycéenne, réclamant notamment la démission du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, lors du point presse hebdomadaire du groupe à l’Assemblée nationale.
La présidente du groupe LFI, Mathilde Panot, a assuré que les députés insoumis seraient mobilisés aux côtés des lycéens, dont les revendications sont également soutenues, selon elle, par des organisations étudiantes, des syndicats de l’éducation et plusieurs associations.
« Si vous cherchez un responsable à ce mouvement, ce n’est certainement pas La France insoumise. Il s’appelle Emmanuel Macron et la politique de casse de l’Éducation nationale qui est faite depuis maintenant neuf ans », a-t-elle déclaré.
Panot a notamment dénoncé les suppressions de postes d’enseignants prévues, selon elle, dans le budget et accusé les autorités de répondre aux revendications des jeunes par la répression.
« La France est le seul pays européen où des enfants peuvent être mutilés juste pour avoir manifesté pour un avenir meilleur et des conditions dignes d’éducation », a-t-elle affirmé.
Évoquant le cas d’un lycéen grièvement blessé à Lens, elle a indiqué que le député LFI Hugo Bernalicis se trouvait sur place. Elle a également reproché au ministre de l’Intérieur de ne pas avoir donné de « consigne de retenue » concernant les moyens employés par les forces de sécurité.
« Non seulement il permet le pire, il se déshonore et donc il doit démissionner », a-t-elle lancé à propos de Laurent Nuñez.
Interrogée sur les mesures susceptibles, selon elle, de mettre fin à la crise, Panot a appelé le gouvernement à « arrêter immédiatement la répression », à permettre l’organisation d’espaces de dialogue dans les établissements et à répondre aux revendications formulées par les organisations lycéennes et étudiantes.
« Bref, apporter des réponses politiques et non des réponses policières », a-t-elle résumé, estimant que le départ du ministre de l’Intérieur pourrait constituer « un signal que la méthode va changer ».
- Cathala dénonce le « détricotage » de la « loi intégrale »
Prenant ensuite la parole, la députée LFI Gabrielle Cathala est revenue sur l’examen à l’Assemblée nationale de la proposition de loi dite « intégrale », consacrée à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles envers les femmes et les enfants.
Cathala a estimé que le texte était « en cours de désintégration », évoquant notamment la suppression de plusieurs dispositions défendues par LFI et des organisations féministes.
Elle a notamment regretté l’évolution des dispositions relatives aux unités de police judiciaire spécialisées dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, estimant que l’article concerné avait été « totalement détricoté » et qu’il ne prévoyait plus, selon elle, de véritables obligations en matière de formation des officiers de police judiciaire.
La députée a également dénoncé l’adoption de plusieurs mesures de durcissement pénal, citant notamment l’extension de la garde à vue jusqu’à 96 heures dans certains cas, ainsi que de nouvelles circonstances aggravantes et une nouvelle peine de réclusion à perpétuité.
Cathala a par ailleurs indiqué que LFI défendrait le caractère « obligatoire, annuel et renforcé » d’un entretien individuel destiné au dépistage des violences sexuelles chez les enfants, alors que cette mesure, initialement obligatoire de la maternelle à la terminale selon elle, avait été rendue facultative en commission.
Elle a enfin insisté sur la prise en charge des victimes de violences sexuelles souffrant de psychotraumatismes.
Selon Cathala, la coalition féministe et « enfantiste » ainsi que la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) réclamaient une prise en charge intégrale par la Sécurité sociale d’un parcours de soins spécialisé.
Elle a reproché au texte en discussion de réserver ce dispositif aux mineurs et annoncé que LFI avait déposé, dans le cadre de sa niche parlementaire, une proposition de loi visant à instaurer « la prise en charge à 100 % par la Sécurité sociale de ce parcours de soins en psychotraumatisme pour toutes les victimes de violences sexuelles, quel que soit leur âge et quelle que soit la date de commission des faits ».
Cette proposition doit, selon la députée, être examinée en commission le 21 octobre, puis en séance publique le 29 octobre.
- Portes annonce une demande de commission d’enquête
Le député LFI Thomas Portes est ensuite revenu sur la mobilisation des lycéens et étudiants, dénonçant à son tour le niveau de répression qu’il estime exercé contre la jeunesse.
Il a notamment évoqué des adolescents blessés et des jeunes placés en garde à vue, tout en contestant les déclarations du ministre de l’Intérieur sur le déroulement des mobilisations.
« Aujourd’hui, la jeunesse qui se mobilise, la réponse de l’État, ça ne peut pas être les tirs de LBD, ça ne peut pas être les grenades de désencerclement, ça ne peut pas être les gardes à vue préventives pour faire peur, ça ne peut pas être la répression, ça doit être une réponse politique », a déclaré Portes.
Le député a surtout annoncé que son groupe allait déposer une proposition de résolution visant à obtenir la création d’une commission d’enquête parlementaire.
« Nous allons déposer une proposition de résolution pour demander une commission d’enquête sur les violences policières, administratives et pénales qui s’exercent depuis maintenant plus de dix jours dans le cadre de cette mobilisation », a-t-il déclaré.
Portes a également demandé le départ du préfet des Hauts-de-Seine, lui reprochant d’avoir convoqué des familles de mineurs et d’avoir exposé celles-ci sur les réseaux sociaux. Il a affirmé qu’« un préfet n’est pas un juge et une préfecture n’est pas un tribunal ».
Il a souhaité que la commission d’enquête réclamée par LFI soit mise en place « le plus rapidement possible », estimant que les responsabilités devraient être recherchées tant au niveau de ceux qui donnent les ordres que de ceux qui les exécutent.
Les députés insoumis ont par ailleurs indiqué qu’ils se répartiraient mardi entre l’Assemblée nationale et les mobilisations sur le terrain.
Panot a expliqué que son groupe entendait conserver « un pied dans l’institution, un pied dehors dans les luttes », précisant que certains élus participeraient aux manifestations tandis que d’autres seraient présents dans l’hémicycle pour les questions au gouvernement et l’examen des textes.
Elle a enfin indiqué que Jean-Luc Mélenchon serait « très probablement présent » à la mobilisation et que des militants insoumis porteraient des brassards blancs, présentés par LFI comme un moyen pour les adultes d’afficher leur présence aux côtés des jeunes.
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