- Plusieurs responsables politiques dénoncent des agressions de militants d’ultradroite contre des manifestants, notamment à Nice, Montpellier et Rouen

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France : Mathilde Panot dénonce des violences de l’extrême droite dans 14 villes lors des manifestations du 24 octobre

AA / Istanbul / Ben Amed Azize Zougmore

La présidente du groupe La France insoumise (LFI) à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, a dénoncé dimanche les violences attribuées à des groupuscules d’extrême droite lors des manifestations organisées la veille à travers la France, affirmant que ces incidents avaient été recensés dans 14 villes.

« Tout le pays devrait parler du fait qu’il y a eu (...) des groupuscules d’extrême droite qui s’en sont pris physiquement aux manifestations », a-t-elle déclaré sur le plateau de l’émission « Franc-jeu », diffusée sur France 2.

« Il faut arrêter ces groupuscules d’extrême droite », a-t-elle ajouté.

Ses déclarations interviennent au lendemain d’une nouvelle journée de mobilisation pour le pouvoir d’achat et la défense des services publics, qui a rassemblé 410 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur, contre 800 000 selon les organisations syndicales.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait lui-même reconnu samedi la présence de militants d’ultradroite dans au moins deux villes, Nice et Montpellier, affirmant qu’ils cherchaient à affronter des militants d’ultragauche ou à protéger eux-mêmes les commerces.

Si les cortèges se sont déroulés dans un climat globalement plus calme que lors des manifestations du 17 octobre, Mathilde Panot a refusé de saluer la gestion du mouvement par le gouvernement.

Elle a notamment rappelé que les mobilisations se poursuivaient depuis plus d’un mois, évoquant le mouvement lycéen entamé le 17 septembre dans l’Hexagone et dès la fin août en Outre-mer.

« S’ils sont dans la rue depuis plus d’un mois, c’est d’abord pour des revendications. Or, le gouvernement n’a pas répondu aux revendications », a-t-elle affirmé.

La députée a également dénoncé les blessures subies par plusieurs manifestants samedi, évoquant notamment deux jeunes grièvement blessés à la main à Clermont-Ferrand et à Toulouse, ainsi qu’un manifestant qui pourrait avoir perdu un œil à Poitiers.

À Toulouse, une enquête judiciaire a été ouverte pour déterminer les circonstances de la blessure, tandis qu’à Clermont-Ferrand, une source proche du dossier a indiqué que la blessure n’avait pas été causée par une grenade policière.

- Des violences signalées dans plusieurs villes

À Nice, selon la préfecture des Alpes-Maritimes, une centaine de militants d’ultradroite masqués ont convergé samedi vers le centre-ville pour affronter physiquement les manifestants.

Malgré l’intervention des forces de l’ordre pour empêcher les deux groupes d’entrer en contact, des affrontements ont éclaté près du Vieux-Nice, faisant trois blessés légers.

Le parquet de Nice a annoncé dimanche que 59 personnes avaient été placées en garde à vue, dont 11 individus susceptibles d’appartenir à la mouvance d’ultradroite.

Le maire de Nice, Éric Ciotti, allié du Rassemblement national (RN), a condamné « avec la plus grande fermeté » les agressions commises par des militants d’ultradroite contre les manifestants, estimant que leurs auteurs devaient répondre de leurs actes devant la justice.

À Montpellier, dans le sud du pays, une vingtaine de personnes ont tenté à plusieurs reprises d'affronter les manifestants, selon France 3 Occitanie.

Des images diffusées par un photographe indépendant montrent plusieurs hommes frappant des manifestants en présence des forces de l’ordre, qui ne seraient intervenues qu’après une riposte de ces derniers.

Le maire de Montpellier, Michaël Delafosse, a dénoncé une « milice d’extrême droite » ayant fait « usage de la force contre des manifestants ». Il a annoncé dimanche son intention de saisir le procureur de la République après avoir reçu plusieurs vidéos des violences.

À Rouen, dans le nord-ouest de la France, le média Blast a également rapporté des agressions contre des manifestants attribuées à des militants d’extrême droite.

Selon la préfecture de Seine-Maritime, 30 personnes ont été interpellées pour des faits notamment liés au port d’armes, à la participation à des groupements et à la dissimulation du visage. Trois personnes ont été légèrement blessées, dont un policier.

À Lyon, un groupe de jeunes hommes au visage dissimulé a été aperçu scandant des slogans nationalistes dans le centre-ville, selon l'AFP. Le quotidien régional Le Progrès a également rapporté des témoignages faisant état de saluts nazis, des images que la préfecture du Rhône a indiqué examiner.

- Plusieurs responsables politiques interpellent le gouvernement

Ces incidents ont suscité des réactions de plusieurs responsables politiques, qui ont notamment interrogé l’attitude des forces de l’ordre face aux militants d’ultradroite.

« Comment est-il possible que ces milices aient pu tranquillement traverser une ville avec un dispositif policier hors norme ? (...) Qu’en dit le ministre de l’Intérieur ? », a déclaré dimanche sur franceinfo Clémentine Autain, députée du mouvement L’Après.

Le député LFI Thomas Portes a, pour sa part, dénoncé une « connivence entre les CRS et les militants fascistes », tandis que son collègue Raphaël Arnault a mis en cause une supposée « complaisance » des forces de l’ordre.

- L’attentat raciste des Yvelines au cœur des critiques

Mathilde Panot est également revenue sur l’attentat à caractère raciste survenu vendredi à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines, qui a fait un mort et cinq blessés, dont une fillette de 12 ans grièvement atteinte.

La députée, qui s’est rendue à Trappes samedi, a décrit une ville traumatisée par cette attaque, évoquant des habitants qui ont désormais peur de sortir de chez eux.

Elle a notamment mis en cause certains discours politiques et médiatiques visant les habitants de Trappes, rappelant les déclarations du président du Rassemblement national (RN), Jordan Bardella, qui avait présenté la commune comme « la capitale européenne du djihad ».

Elle a également cité les propos de l’ancien candidat à la présidentielle Éric Zemmour, qui avait attribué les pillages survenus lors des manifestations du 17 octobre à des « hordes arabo-musulmanes ».

« Il y a une responsabilité politico-médiatique qui arme aussi le coupable », a-t-elle estimé, établissant un lien entre ces discours et le passage à l’acte du suspect.

Le Parquet national antiterroriste (Pnat), saisi de l’affaire, a annoncé dimanche la suspension de la garde à vue du suspect, Kévin T., transféré à l’Infirmerie psychiatrique de la préfecture de police pour une période d’observation pouvant durer 48 heures.

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