À Madagascar, les chercheurs s'ingénient à dynamiser la filière café grâce aux avancées en matière de biotechnologie. Le secteur compte des milliers de producteurs, tous motivés à relever cet ancien pilier de l'économie du pays.
Par Firmain Eric Mbadinga
Assis à la terrasse d'un célèbre salon de Bamako, la capitale malienne, Malé Konaté attend, un peu impatiemment, ce qu'il appelle affectueusement sa "potion". Et après une dizaine de minutes, c'est une tasse de café qu'on lui pose sur la table.
C'est à ce moment précis que s'opère la magie. Tout à coup, le visage de Malé et surtout son humeur s'enjouent avant même qu'il n'ait commencé la dégustation de cette commande chaude, dont les effluves saisissent l'odorat de tous ceux qui sont à la ronde et qu'il a voulu prendre sans sucre.
"Pour attaquer la journée, rien de tel qu'un bon café robusta. Cette odeur, cette saveur, hummm, je sens que ma journée sera belle !" lance-t-il en affichant un sourire persuasif.
Le café de type robusta qui met Malé d'aussi bonne humeur chaque matin sur le chemin du travail a été cultivé puis manufacturé en Ouganda. Ce pays des Grands Lacs s'est hissé au cours des dernières années, aux côtés de l'Éthiopie, en tête de la liste des producteurs de café en Afrique.
Quarante ans plus tôt, c'était pourtant le nom de Madagascar qui s'affichait, tout seul, lorsqu'on parlait de la filière en Afrique, car le pays combinait à la fois quantité, qualité et variété.
Le café arabica et le robusta ont fait la renommée du pays jusqu'au début des années 1990.
Durant cet âge d'or du café malgache, qui inclut la période coloniale, la Grande Île pouvait produire jusqu'à 62 000 tonnes de cerises de café par an.
Pour rappel, ce sont ces cerises qui, après transformation, donnent au contact de l'eau cette boisson consommée par 2,5 milliards de personnes dans le monde à des fréquences différentes.
Face à un tel marché, les autorités malgaches ont décidé de réanimer la filière pour, d'une part, que le pays fasse honneur à son passé, d'autre part pour qu'il renforce ses perspectives économiques.
La relance du secteur s'appuie entre autres sur la recherche scientifique, notamment sur la biotechnologie.
Le Dr Santatra Ravelomanantsoa est la directrice scientifique du FOFIFA, le Centre National de Recherche Appliquée au Développement Rural du pays, dont le siège est à Tananarive, la capitale. Elle est spécialiste en amélioration des plantes et de la santé des plantes.
"Ma responsabilité est d’orienter la recherche du FOFIFA vers des solutions qui répondent concrètement aux priorités de Madagascar : améliorer la production agricole, renforcer la résilience face au changement climatique, préserver nos ressources génétiques et surtout transformer les résultats de la recherche en bénéfices réels pour les producteurs et l’économie rurale" confie le Dr Ravelomanantsoa à TRT Afrika.
S'agissant des solutions biotechnologiques destinées à ramener le café malgache sur la table des consommateurs du monde entier, le FOFIFA affirme s'appuyer avant tout sur la diversité génétique du pays.
Madagascar abrite en effet des espèces sauvages de caféiers uniques au monde.
On peut à titre d' exemple citer les Mascarocoffea, dont certaines présentent des caractéristiques très particulières, notamment concernant la teneur en caféine, la résistance à certains stress ou l’adaptation à des environnements spécifiques, à en croire le Dr Ravelomanantsoa qui précise le patrimoine génétique de Madagascar est l’un des rares au monde.
Cela signifie qu'il y a suffisamment de matières, riches et variées, nécessaires pour conduire des travaux de recherches biotechnologiques dans le domaine du café.
La recherche biotechnologique
Sous la supervision du Pr Jean-Michel Leong Pock-Tsy, qui n'est autre que le Directeur Général du FOFIFA, le Dr Santatra Ravelomanantsoa et ses équipes ont un panier plein d'options pour améliorer le café malgache grâce à des techniques ou technologies.
Du laboratoire aux champs, FOFIFA fait feu flèche de tout bois pour faire fleurir le café malgache en mettant un point d'honneur à préserver à la fois la santé des consommateurs et l'environnement.
Ce que ces chercheurs peuvent aisément vérifier à travers des analyses ADN des caféiers.
Le procédé leur permet de lire la carte d’identité biologique d'une plante et de mieux connaître ses caractéristiques.
Cela leur permet ensuite de multiplier du matériel végétal sain ou d'identifier plus rapidement des cas de maladies et de traiter le mal à la racine.
"Nous avons des collections, des travaux de sélection, des croisements et notamment les caféiers Ratelo, issus d’un travail d’amélioration visant à réunir des caractères intéressants provenant de différents matériels génétiques. Nous conduisons également des évaluations dans différents environnements afin d’identifier les caféiers les mieux adaptés aux conditions malgaches. Aujourd'hui, la biotechnologie nous permet d’envisager une nouvelle étape : mieux caractériser cette diversité, identifier beaucoup plus rapidement les caractères intéressants, diagnostiquer les maladies, sécuriser le matériel végétal et accélérer les programmes de sélection", confie-t-elle d'un ton sûr à TRT Afrika.
"Autrement dit, au lieu d’attendre uniquement plusieurs années pour observer un caractère dans une plantation, certains outils permettent de chercher directement dans le patrimoine génétique les caractéristiques qui nous intéressent. Notre objectif final est de disposer demain de caféiers plus productifs, plus résistants, mieux adaptés au changement climatique et capables de produire des cafés de qualité et à forte valeur ajoutée" rajoute-t-elle.
À Kianjavato, une commune de la région de Vatovavy au sud-est de Madagascar, le FOFIFA dispose de vastes espaces agricoles qui comprennent une importante collection de ressources génétiques de caféiers, dont des caféiers cultivés (arabica, canephora (biclonal), le café issu d’hybridation Ratelo, mais également des Mascarocoffea, caféiers sauvages endémiques de Madagascar.
"À partir de cette richesse, plusieurs outils sont mobilisés. Nous avons d’abord la caractérisation génétique et moléculaire, qui permet de mieux connaître la diversité et les relations entre les différents caféiers. Nous pouvons ensuite utiliser des outils de sélection assistée par marqueurs, afin d’identifier plus rapidement des individus possédant certains caractères recherchés. Nous avons également le diagnostic moléculaire des maladies, qui permet d’identifier précisément et rapidement certains agents pathogènes. La culture in vitro et d’autres techniques de multiplication peuvent également contribuer à la production et à la sécurisation de matériel végétal sain. Ces technologies ne remplacent pas la sélection classique. Elles viennent l’accélérer et la rendre beaucoup plus précise" explique le Dr.
Les chercheurs du FOFIFA sont plus que convaincus que les techniques de croisements, d'observation agronomique, de sélection et les essais dans différentes zones agroécologiques porteront leurs fruits à court, moyen et long terme.
"Nous commençons aussi à associer de plus en plus la génétique, la biotechnologie, l’agronomie et l’expérience du terrain. C’est cette combinaison qui peut permettre à Madagascar de gagner plusieurs années dans le développement de nouveaux matériels végétaux." ajoute le Dr Santatra Ravelomanantsoa.
À travers ces efforts qui incluent effort physique, volonté politique et recherche scientifique, Madagascar a pour ambition de mettre sur le marché non pas un café, savoureux, sain et traçable. Ses agriculteurs et chercheurs veulent que le café "Made in Madagascar" ait, en plus de la quantité, de la valeur ajoutée.
Afin d'atteindre cet objectif, le FOFIFA implique, en plus des cultivateurs, les paysans sur le terrain. Ces derniers prennent ainsi part à certains essais. Les producteurs sont notamment formées sur des sujets tels que la sélection de matériels adaptés aux différentes zones, sur la sélection des pépinières et autres matériels végétaux et techniques.
FOFIFA renforce également la chaîne de production, bonifie ses acquis en matière de biotechnologie à travers la mise en place de champs semenciers de caféiers.
Pour aller encore plus loin dans ses ambitions, FOFIFA souhaite simplement avoir encore un peu plus de ressources techniques et financières.
L'objectif du Pr. Jean-Michel Leong Pock-Tsy, du Dr Santatra Ravelomanantsoa, de leurs collègues le Dr Nathalie Raharimalala, Arsène Rakotondravao et de tous leurs autres collaborateurs en laboratoire ou dans les champs, est de pouvoir réaliser à une innovation qui profite durablement au café malgache et à l'agronomie de façon générale avec, pourquoi pas, des perspectives mondiales.

