– Face aux épidémies récurrentes et aux menaces sanitaires, le pays entend améliorer ses capacités de détection précoce, de recherche et de riposte aux urgences de santé publique.
AA / Bamako / Amarana Maiga
Le gouvernement tchadien a lancé mardi le premier plan stratégique 2026-2030 de l’Institut national de santé publique du Tchad (INSAPT), destiné à renforcer les capacités nationales de surveillance épidémiologique, de recherche scientifique et de réponse aux urgences sanitaires.
Le lancement a été présidé par le ministre de la Santé publique et de la Prévention, Dr Abdelmadjid Abderahim, en présence de son homologue de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Formation professionnelle, Dr Sitack Yombatina, ainsi que de représentants des partenaires techniques et financiers.
Élaboré pour une période de cinq ans, ce premier plan stratégique vise à doter le Tchad d'un dispositif capable de détecter précocement les menaces sanitaires, d'accélérer les interventions et d'orienter les décisions publiques sur la base de données scientifiques fiables.
L'INSAPT, qui regroupe notamment la veille sanitaire, le laboratoire national de santé publique, la recherche et la formation, s'inscrit dans les enseignements tirés de la pandémie de Covid-19, qui a révélé les vulnérabilités des systèmes de santé face aux crises sanitaires.
Selon le ministre de la Santé publique, cette initiative intervient dans un contexte marqué par des défis persistants, notamment les difficultés d'accès aux soins dans certaines localités, la fragilisation du financement du secteur sanitaire liée à la diminution de l'aide au développement et la récurrence des épidémies.
Dr Abdelmadjid Abderahim a notamment évoqué le choléra et la dengue auxquels le pays est confronté, ainsi que la nécessité de se préparer à la menace de la maladie à virus Ebola dans la sous-région.
Dans ce contexte, il a insisté sur l'urgence de disposer d'un institut national de santé publique pleinement opérationnel, capable d'anticiper les risques et de coordonner efficacement la riposte sanitaire.
Le ministre a précisé que le plan stratégique prévoit notamment le renforcement de la surveillance sanitaire, depuis les communautés jusqu'aux points d'entrée du territoire, le développement de laboratoires de référence performants et la production de données scientifiques destinées à éclairer les politiques publiques.
Il prévoit également de consolider la prévention des maladies, la promotion de la santé, la gouvernance institutionnelle et les capacités des ressources humaines, avec pour objectif de contribuer à une réduction significative de la morbidité et de la mortalité à l'horizon 2030.
Le dispositif repose par ailleurs sur l'approche « Une seule santé » (One Health), qui associe les dimensions humaine, animale et environnementale de la santé, en collaboration avec les ministères sectoriels concernés.
Le ministre de l'Enseignement supérieur, Dr Sitack Yombatina, a pour sa part souligné l'importance de l'ancrage de l'INSAPT dans le système national de recherche scientifique.
Il a identifié plusieurs priorités, dont la formation et la fidélisation de chercheurs et de techniciens qualifiés en épidémiologie de terrain, en biologie et en gestion des données, ainsi que la valorisation des travaux scientifiques tchadiens et l'accès aux ressources documentaires internationales.
Le ministre a réaffirmé l'engagement de son département à accompagner la mise en œuvre du plan, aux côtés du ministère de la Santé publique.
De son côté, l'ambassadeur de l'Union européenne au Tchad, Amador Sánchez Rico, a salué l'engagement des autorités tchadiennes à faire de l'INSAPT une priorité nationale.
Il a estimé que les crises sanitaires récentes et les épidémies récurrentes démontrent la nécessité de disposer d'institutions solides, capables de produire des données fiables, d'éclairer les décisions et de protéger les populations.
La directrice pays adjointe de l'Agence française de développement (AFD), Sophie Chapellet, a également mis en avant le rôle de l'institut dans la recherche, les analyses scientifiques et l'élaboration de stratégies de santé publique.
Le directeur général de l'INSAPT, Pr Ali Mahamat Moussa, est revenu sur les différentes étapes ayant conduit à l'élaboration du plan, soulignant l'implication des institutions publiques, des groupes de travail et des partenaires au développement.
Le plan stratégique, présenté lors de la cérémonie par Magloire Hounkpé, chargé de projet à Expertise France, s'aligne, selon les autorités tchadiennes, sur les politiques nationales de santé, le Règlement sanitaire international et les orientations du Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC).
Les autorités tchadiennes ont annoncé, jeudi, la découverte de plusieurs centaines de nouveaux cas de la maladie de dengue dans le pays.
"Le ministre de la Santé publique et de la Prévention, Dr Abdelmadjid Abderahim a présenté un état des lieux de l'épidémie, notamment les modes de transmission, l'évolution des cas et les zones touchées", a indiqué l’Agence tchadienne de presse et d’édition (officielle), rendant compte d’une réunion interministérielle consacrée à la situation épidémiologique de la dengue au Tchad et présidée par le premier ministre tchadien, Allah Maye Halina.
Soulignant que la réunion a examiné les mesures de lutte contre la propagation de la maladie, le média a précisé que "selon le bilan communiqué, 3 846 cas suspects de dengue ont été enregistrés dans six provinces (l'Ennedi Ouest, le Batha, N'Djaména, le Ouaddaï, le Sila et le Wadi-Fira), dont 299 cas confirmés parmi lesquels 11 décès ont été déplorés.
En plus de la dengue, le Tchad fait aussi face à une épidémie de choléra. Selon le bureau de coordination de l’action humanitaire de l’ONU (OCHA), au 7 septembre 2026, le Tchad enregistrait 867 cas de choléra, dont 42 décès, soit un taux de létalité de 4,8 %, largement au-dessus du seuil acceptable de 1 % de l’Organisation mondiale de la santé.
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