- Le rapprochement Niger-Algérie pourrait modifier les équilibres au sein de l'AES

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Sahel : le rapprochement du Niger avec l’Algérie et les forces de Haftar en Libye redessine les équilibres régionaux

ISTANBUL (AA)

Le rapprochement du Niger avec l’Algérie sur le plan de la coopération militaire et le renforcement de ses contacts diplomatiques avec les forces de Khalifa Haftar, dans l’est de la Libye, s’inscrivent dans une volonté de diversifier ses partenariats sécuritaires, de développer ses échanges économiques et de consolider sa position au Sahel, selon des analystes.

Les initiatives de l’Algérie en faveur d’un soutien militaire au Niger, ainsi que les contacts établis par le Premier ministre nigérien, Ali Mahaman Lamine Zeine, à Benghazi, dans l’est de la Libye, ont remis au premier plan les orientations régionales de la politique étrangère de Niamey.

Oumarou Cissé Boulkassoum, doctorant nigérien à l’Université d’État de Nijni Novgorod, en Russie, Dr Halil Kaya, du département des langues et cultures africaines de la faculté des lettres de l’Université d’Istanbul, et Boulama Issa Lamido Hamadou Moumouni, doctorant nigérien au département des relations internationales de l’Université technique de Bursa, ont analysé, dans des déclarations à Anadolu, les motivations et les conséquences régionales du rapprochement entre le Niger, l’Algérie et la Libye.

- Le Niger mène une politique d'équilibre en Libye

Boulkassoum estime que les dernières initiatives diplomatiques du Niger s'inscrivent dans la continuité du changement de politique étrangère engagé après le coup d'État militaire du 26 juillet 2023. Selon lui, le pays réorganise ses relations avec ses partenaires traditionnels tout en se tournant vers de nouvelles formes de coopération.

Il considère que l'Algérie constitue un partenaire important pour le Niger, notamment en raison de son expérience dans la lutte contre le terrorisme et de ses capacités économiques. Les contacts avec les forces de Khalifa Haftar dans l'est de la Libye répondent, selon lui, à des préoccupations liées à la sécurité des frontières.

Rappelant que les forces de Haftar exercent leur influence dans l'est de la Libye, tandis que le Gouvernement d'unité nationale, reconnu par la communauté internationale, est basé dans l'ouest du pays, Boulkassoum souligne la nécessité pour Niamey de maintenir des relations avec les deux parties.

« Le Niger doit dialoguer aussi bien avec l'est qu'avec l'ouest de la Libye. Pour notre pays, l'essentiel est de garantir son intégrité territoriale », a-t-il déclaré.

Il estime également que le rapprochement entre Niamey et Alger pourrait contribuer à résoudre les différends diplomatiques entre l'Algérie et le Mali, le Niger étant susceptible de jouer un rôle de médiateur entre les deux pays.

Boulkassoum a par ailleurs souligné que les relations militaires étroites entre l'Algérie et la Russie, ainsi que l'accès de l'Algérie aux ports méditerranéens, pourraient offrir de nouvelles perspectives sécuritaires et logistiques au Niger et aux autres membres de l'Alliance des États du Sahel (AES).

- Le rapprochement Niger-Algérie pourrait modifier les équilibres au sein de l'AES

De son côté, Halil Kaya estime que le renforcement de la coopération militaire entre le Niger et l'Algérie s'inscrit dans une politique étrangère axée sur la souveraineté nationale et visant à réduire l'influence de la France dans la région.

Il souligne que les initiatives algériennes en faveur d'un soutien militaire au Niger marquent une évolution par rapport à l'approche traditionnellement adoptée par Alger en matière de politique étrangère. Ce rapprochement pourrait, selon lui, ouvrir la voie à une nouvelle dynamique de coopération entre l'Afrique du Nord et le Sahel.

« Je pense que cela peut être interprété comme l'émergence d'une nouvelle coopération entre l'Afrique du Nord et le Sahel, autour de l'axe Algérie-Niger. En revanche, je ne pense pas qu'il faille nécessairement l'interpréter à l'échelle de l'ensemble de l'Alliance des États du Sahel », a-t-il déclaré.

Évoquant les tensions entre l'Algérie et le Mali, Kaya estime que les relations développées par Niamey avec Alger pourraient ne pas être accueillies de la même manière par les autres membres de l'AES.

Il a également mis en avant le projet de gazoduc transsaharien, qui vise à acheminer le gaz naturel du Nigeria vers l'Algérie en passant par le Niger, soulignant que les intérêts économiques pourraient peser sur les équilibres et les rivalités régionales.

Concernant les contacts du Niger avec les autorités de l'est libyen, Kaya estime qu'ils pourraient contribuer à prévenir d'éventuelles tensions frontalières. Il ne s'attend toutefois pas à ce que les développements actuels débouchent directement sur un conflit régional.

- Le Niger veut renforcer son accès à la Méditerranée via l'Algérie

Pour sa part, Boulama Issa Lamido Hamadou Moumouni estime que le rapprochement entre le Niger et l'Algérie ne se limite pas aux questions de sécurité militaire, mais répond également à des objectifs économiques et logistiques.

Rappelant que le Niger est un pays enclavé, dépendant des ports des pays voisins pour son commerce extérieur, il souligne que les difficultés frontalières avec le Bénin renforcent l'intérêt de Niamey pour des itinéraires alternatifs permettant d'accéder à la Méditerranée via l'Algérie.

Moumouni considère que l'expérience algérienne dans la lutte contre le terrorisme pourrait contribuer au renforcement des capacités sécuritaires du Niger. Il ajoute que le projet de gazoduc transsaharien pourrait également générer des recettes de transit et des possibilités d'emploi pour le pays.

Évoquant les relations du Niger avec les différentes parties en conflit en Libye, il insiste sur l'importance de maintenir une position équilibrée.

« Le Niger n'a aujourd'hui aucun intérêt à prendre parti pour l'un des deux camps en Libye. Il doit entretenir des relations diplomatiques équilibrées avec les deux parties », a-t-il déclaré.

Moumouni estime enfin que le rapprochement entre Niamey et Alger pourrait également offrir de nouvelles perspectives économiques et sécuritaires aux pays membres de l'AES, le Niger étant susceptible de jouer un rôle dans le renforcement de la coopération régionale.

*Traduit du turc par Sanaa Amir

Anadolu Ajansı / Adama Bamba — Anadolu Ajansı

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