Un spécialiste met en garde contre des exclusions rapides malgré la baisse des arrivées irrégulières.
L’Union européenne a récemment adopté deux textes majeurs encadrant les procédures d’asile, provoquant des inquiétudes parmi les professionnels du secteur migratoire. Présentées comme un outil pour uniformiser les démarches et accélérer le traitement des dossiers, ces mesures pourraient, selon certains experts, limiter l’examen approfondi des demandes de protection internationale.
Dans un entretien accordé à l’Agence Anadolu, l’expert Majdi Karbai estime que ces dispositifs risquent d’écarter très rapidement des milliers de demandeurs d’asile sans analyser correctement leur situation individuelle.
Un renforcement des règles malgré la baisse des flux
Ces mesures ont été adoptées par le Conseil de l’UE dans le cadre du Pacte européen sur la migration et l’asile, présenté officiellement comme un moyen d’améliorer la gestion des flux migratoires et de répartir équitablement les responsabilités entre États membres.
Selon Frontex, les passages irréguliers aux frontières de l’Union ont chuté de 52 % au cours des deux premiers mois de 2026, avec environ 12 000 détections. La Méditerranée centrale a enregistré une baisse similaire. Cependant, le bilan humain demeure préoccupant : près de 660 migrants ont trouvé la mort en mer sur cette période, selon l’Organisation internationale pour les migrations.
Parmi les nouvelles dispositions, figure la première liste commune de pays considérés comme sûrs, comprenant notamment la Tunisie, l’Égypte et le Maroc. Un autre texte modifie le règlement sur les « pays tiers sûrs », permettant le renvoi d’un migrant vers un pays où il a simplement transité, où il entretient des liens familiaux, linguistiques ou culturels, ou dans le cadre d’accords de réadmission.
Le Parlement européen a également validé le lancement de discussions avec les États membres sur l’ouverture de centres de rétention en dehors de l’UE, parfois désignés comme « hubs de retour ».
Procédures accélérées et critiques
Karbai souligne que qualifier un pays de « sûr » peut entraîner un rejet immédiat des demandes provenant de ces États. Il illustre ce risque avec le cas d’un jeune migrant arrivant en Italie : il pourrait être placé en centre de détention pendant plusieurs mois avant une expulsion, sans bénéficier des garanties judiciaires habituelles.
Jusqu’à présent, les demandeurs d’asile disposaient souvent d’une période de régularisation temporaire leur permettant de travailler et de s’intégrer avant la décision finale. Avec les nouvelles règles, ces délais pourraient être considérablement réduits.
Questions juridiques et compatibilité avec la Convention de Genève
L’expert met également en doute la conformité de ces mesures avec la Convention de Genève de 1951 relative aux réfugiés. Selon lui, certains pays considérés comme sûrs sont pourtant critiqués pour des atteintes aux droits fondamentaux, ce qui crée un écart entre la classification politique et la réalité sur le terrain.
Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés partage ces préoccupations, rappelant que tout transfert vers un « pays tiers sûr » doit garantir un accès effectif à une procédure d’asile équitable.
Externalisation croissante de la gestion migratoire
Karbai estime que ces réformes illustrent une tendance à l’externalisation du contrôle migratoire. L’UE financerait des programmes de retour volontaire via l’Organisation internationale pour les migrations pour faciliter le renvoi de migrants vers leurs pays d’origine après un passage en Afrique du Nord.
Au Parlement européen, certains élus se sont également élevés contre ces mesures. L’eurodéputée Fabienne Keller a averti que des personnes pourraient être renvoyées vers des pays sans lien réel avec elles, sans que leur demande de protection ne soit examinée correctement.
Les discussions entre les institutions européennes et les États membres sur le cadre juridique des centres de retour hors UE devraient commencer prochainement, marquant une nouvelle étape dans la réforme de la politique migratoire européenne.
Source: Newstimehub