- Dans de nombreux secteurs en France, les restrictions concernant le port du voile limitent les possibilités d’éducation et d’emploi des femmes musulmanes voilées
PARIS (AA)
En France, l’interdiction du port de signes religieux ostensibles pour les élèves des écoles, collèges et lycées publics a été instaurée par la loi du 15 mars 2004.
Par la suite, le port du voile intégral dans l’espace public a été interdit en 2010, sous peine d’une amende de 150 euros.
En 2012, une circulaire interdisant le port du voile aux mères accompagnant les sorties scolaires est également entrée en vigueur.
Cette circulaire controversée a été abrogée en 2013, après une décision du Conseil d’État favorable aux mères voilées.
En 2024, la France, qui accueillait les Jeux olympiques, a appliqué une interdiction du port du voile à sa propre délégation d’athlètes.
En France, les agents de la fonction publique, y compris ceux des hôpitaux publics, ne sont pas autorisés à porter le voile dans l’exercice de leurs fonctions.
Les avocates ne peuvent pas non plus porter le voile lors des audiences judiciaires.
Les étudiantes voilées peuvent poursuivre leurs études dans les universités publiques, où le port du voile n’est pas interdit. Dans le secteur privé, en revanche, les restrictions dépendent des règles établies par chaque entreprise.
Dans les piscines publiques du pays, le burkini, un maillot de bain couvrant le corps, n’est pas autorisé. Ces dernières années, certaines municipalités ont également interdit son port sur leurs plages.
Les interdictions du port de maillots de bain couvrants sur les plages de Mandelieu-la-Napoule cette année, de Carry-le-Rouet en 2025 et de Nice en 2016 ont toutefois été annulées à la suite de différentes décisions judiciaires.
Sous la présidence d’Emmanuel Macron, plusieurs gouvernements français ont pris des mesures ayant des répercussions sur la vie sociale et éducative des musulmans.
En 2023, le gouvernement français a interdit le port de l’abaya et de robes longues similaires dans les établissements scolaires, à l’exception de l’enseignement supérieur, au motif que ces tenues étaient contraires au principe de la laïcité.
Le 26 mars 2025, lors d’un rassemblement à Paris, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau, a déclaré : « Vive le sport et donc à bas le voile. » Ces propos ont suscité des réactions de l’opposition.
Des responsables du Rassemblement national (RN), parti d’extrême droite, ont annoncé qu’ils instaureraient une interdiction du port du voile dans l’espace public s’ils remportaient l’élection présidentielle française de 2027.
Plus récemment, une étudiante de l’université Galatasaray, en Türkiye, a indiqué que sa photographie biométrique avec le voile n’avait pas été acceptée dans le cadre de sa demande de visa étudiant pour l’université de la Sorbonne, en France, où elle avait obtenu le droit d’étudier dans le cadre du programme Erasmus. Selon son témoignage, il lui avait été demandé de retirer son voile et ses trois demandes avaient échoué.
En France, où les femmes voilées sont confrontées à des restrictions dans plusieurs domaines, notamment l’éducation, le sport et la fonction publique, les interdictions liées au port du voile influencent leurs choix d’études et de carrière.
« La loi de 2004 interdisant les signes religieux à l’école y est pour beaucoup »
Iman El Feki, doctorante au département de sociologie de l’université de Strasbourg, a déclaré que la proposition de l’extrême droite visant à interdire le port du voile dans l’espace public n’était pas surprenante.
« Le RN porte cette proposition depuis longtemps », a-t-elle affirmé.
El Feki a expliqué que cette proposition s’inscrivait dans une succession de débats prolongés, de controverses et, par conséquent, d’interdictions légales.
« Nous savons que la loi de 2004 interdisant les signes religieux à l’école y est pour beaucoup », a-t-elle déclaré.
Soulignant que cette interdiction s’était étendue au monde du travail, notamment aux professions de la fonction publique, elle a estimé qu’il s’agissait d’une conception de la neutralité « particulièrement française ».
La chercheuse a également rappelé que les mères voilées accompagnant les sorties scolaires avaient été ciblées par ces restrictions. Selon elle, celles-ci se sont aussi étendues au secteur privé, où les entreprises peuvent désormais intégrer une interdiction du voile dans leur règlement intérieur.
« Elles ne peuvent pas trouver de travail avec le voile »
« Nous constatons que cette première loi de 2004 a ensuite entraîné des restrictions au port du voile pour les femmes musulmanes dans de nombreux domaines. Cela complique aujourd’hui leur vie, car elles ne peuvent pas trouver de travail avec le voile », a déclaré El Feki.
Elle a expliqué que les jeunes femmes musulmanes tenaient de plus en plus compte du port du voile dans leurs choix d’orientation scolaire et universitaire.
Elle a également souligné que le voile n’était pas autorisé dans certaines compétitions sportives et que les femmes voilées ne pouvaient pas non plus accéder aux piscines dans lesquelles le burkini est interdit.
Selon la chercheuse, depuis 2004, le contrôle exercé sur le corps des femmes musulmanes s’est étendu à de nombreux domaines. Elle estime que les femmes qui choisissent de porter le voile en France voient leurs possibilités professionnelles, voire éducatives, limitées dès le départ.
Certaines femmes peuvent être contraintes de retirer leur voile pendant leurs études afin d’accroître leurs chances de pouvoir le porter plus tard dans le cadre d’une activité indépendante, a-t-elle expliqué, soulignant les choix difficiles auxquels elles sont confrontées.
« Toutes les femmes musulmanes qui portent le voile n’ont pas la possibilité de trouver d’autres solutions et, malheureusement, certaines sont parfois obligées de retirer leur voile pour travailler, avant de le remettre en quittant leur travail le soir », a déclaré El Feki.
Elle a ajouté que certaines femmes étaient contraintes de procéder ainsi en raison de leur situation financière.
« Les discriminations islamophobes visant les femmes sont organisées depuis des décennies en France »
El Feki a indiqué que de nombreuses femmes voilées se tournaient vers les professions indépendantes, l’entrepreneuriat et les métiers dans lesquels le port du voile était plus facilement accepté.
D’autres femmes musulmanes choisissaient de s’installer à l’étranger afin de pouvoir exercer la profession qu’elles souhaitaient, a-t-elle ajouté.
La chercheuse a également indiqué que les femmes voilées pouvaient travailler dans différents secteurs, notamment la logistique et le nettoyage.
« Je pense que les violences islamophobes sont difficiles à vivre pour les femmes, quel que soit le secteur », a-t-elle déclaré.
Estimant que les femmes musulmanes en France étaient déjà confrontées à des restrictions dans presque tous les domaines de la vie, El Feki a affirmé : « Les discriminations islamophobes visant les femmes sont organisées et légalisées en France depuis des décennies. Elles ne constituent pas seulement un risque futur lié au RN. »
*Traduit du turc par Ayse Bashoruz
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