- Le gouvernement défend des gels ciblés pour réduire le déficit, tandis que les économistes, le Haut Conseil des finances publiques et les associations familiales soulignent les risques pour les revenus des ménages
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Le gouvernement français veut ramener le déficit public de 5,4 % du produit intérieur brut en 2026 à 5 % en 2027. Présenté le 1er octobre, son projet de budget prévoit notamment de freiner certaines dépenses sociales, suscitant un débat sur la répartition de l’effort et ses conséquences pour les familles.
L’absence de revalorisation de la prime d’activité et de certains paramètres des aides au logement pourrait réduire la valeur de ces prestations si les prix et les loyers augmentent. Une modification envisagée du calcul de la prime pourrait également diminuer les versements à certains travailleurs modestes, souligne l’économiste de l’OFCE Éric Heyer.
Ces choix restent soumis aux débats parlementaires. L’examen du texte, engagé en commission, doit se poursuivre en séance publique à partir du 13 octobre.
- Le gouvernement défend la préservation du modèle social
Devant la commission des finances le 1er octobre, le ministre de l’Économie Roland Lescure a défendu un redressement destiné à préserver les capacités d’investissement de l’État et à restaurer la confiance dans les finances publiques.
Son argument repose notamment sur une détente attendue des prix de l’énergie et des conditions de financement, qui favoriserait la reprise de la consommation.
Le ministre des Comptes publics David Amiel a présenté les gels comme un moyen de contenir les dépenses, avec des exceptions pour les plus vulnérables. Le gouvernement entend notamment préserver la revalorisation du RSA (Revenu de solidarité active), de l’allocation aux adultes handicapés et du minimum vieillesse.
- Prime d’activité et logement : des économies identifiées
L’article 74 du projet suspendait en 2027 la revalorisation annuelle de la prime d’activité et celle des paramètres de dépenses de logement utilisés pour calculer les aides personnelles au logement.
L’exécutif évalue les dépenses évitées à 332 millions d’euros pour la prime d’activité et à 101 millions pour les aides au logement. Un décret pourrait toutefois rétablir les revalorisations.
Pour les familles concernées, l’effet serait celui d’une aide progressant moins que les dépenses si les prix augmentent. Le montant individuel continuerait néanmoins de dépendre des ressources et de la situation du foyer.
Ces économies budgétaires ne permettent donc pas, à elles seules, de déterminer une perte moyenne par famille.
- L’OFCE alerte sur les revenus des travailleurs modestes
Dans sa chronique du 6 octobre sur BFM Business, Éric Heyer, directeur du département Analyse et Prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques, distingue le gel d’une autre mesure envisagée : une modification des ressources prises en compte pour la prime d’activité.
Certaines contributions patronales à la complémentaire santé ou à la prévoyance seraient intégrées au calcul. Les ressources retenues pourraient ainsi augmenter sans hausse du salaire disponible, entraînant une baisse de la prime pour les bénéficiaires concernés, explique-t-il.
L’économiste interroge aussi la cohérence d’une revalorisation des minima sociaux accompagnée d’un gel de la prime d’activité, dont l’objectif est de soutenir les travailleurs modestes et de renforcer le gain financier associé à l’emploi.
Il estime que ces choix pourraient accentuer le risque de pauvreté au travail, notamment à temps partiel. Les modalités du changement de calcul doivent cependant être distinguées du gel inscrit dans le projet de loi.
- Le Haut Conseil met en doute le scénario de reprise
Dans son avis du 25 septembre sur les projets de budgets pour 2027, le Haut Conseil des finances publiques juge optimiste la prévision gouvernementale d’une croissance de 1 %.
L’institution relève que l’exécutif prévoit un raffermissement de la demande intérieure malgré un ajustement budgétaire plus important que celui retenu par plusieurs autres prévisionnistes. Elle souligne que cette orientation plus restrictive pourrait affecter davantage le pouvoir d’achat des ménages.
Le Haut Conseil considère la prévision d’inflation de 1,8 % comme consensuelle, mais soumise aux incertitudes sur l’énergie.
Il regrette également de ne pas disposer du temps et de la documentation nécessaires pour apprécier finement les chiffrages et les effets macroéconomiques des nouvelles mesures de recettes.
- Les représentants des familles dénoncent les restrictions envisagées
L’Union nationale des associations familiales (Unaf) a alerté sur les économies annoncées lors de son audition du 29 septembre consacrée au budget de la Sécurité sociale pour 2027.
Elle s’inquiète notamment du recentrage envisagé de l’allocation de rentrée scolaire, dont les modalités n’étaient pas connues lors de cette audition. L’organisation estime que cette orientation risquerait de pénaliser les familles modestes, particulièrement les foyers monoparentaux.
L’Unaf critique aussi la publication tardive des études d’impact et le recours à des mesures réglementaires, qui limite, à ses yeux, la possibilité pour les parlementaires de débattre des changements.
Elle accueille en revanche favorablement le principe d’un prêt à taux zéro pour les familles à la naissance d’un enfant, tout en demandant à en vérifier les conditions d’accès.
Les difficultés exprimées par les parents apparaissent dans son enquête 2026 : 63 % des familles interrogées se disent financièrement contraintes ou « juste », et 24 % déclarent recourir au découvert bancaire pour financer des dépenses destinées à leurs enfants.
Ces résultats décrivent leur situation avant l’application des mesures de 2027 ; ils ne constituent pas une réaction à un budget déjà adopté.
- L’IPP souligne que les choix de prélèvement changent les effets
Pour les ménages retraités, l’Institut des politiques publiques (IPP) apporte une autre lecture de la répartition de l’effort.
Dans une note de septembre 2026, Patrick Aubert, Sylvain Duchesne, Todor Tochev et Maxime Tô comparent plusieurs options : modification de l’abattement fiscal sur les pensions, désindexation et hausse de la contribution sociale généralisée.
Leurs simulations montrent qu’à rendement budgétaire comparable, les mesures ne touchent pas les mêmes revenus. Un gel généralisé des pensions pèse proportionnellement davantage sur les retraités modestes, tandis qu’une baisse du plafond de l’abattement concentre davantage l’effort sur les revenus élevés.
Cette étude compare des scénarios discutés pour 2027, sans évaluer l’ensemble du budget ni préjuger des dispositions finalement retenues.
- Au Parlement, le débat porte sur la répartition de l’effort
Lors de l’audition des ministres, le député socialiste Mickaël Bouloux a contesté les efforts demandés aux allocataires, locataires, fonctionnaires et retraités. Il a défendu une contribution accrue des hauts patrimoines et des grands héritages.
Le président de la commission des finances, Éric Coquerel, a pour sa part estimé que le gouvernement sous-évaluait les effets récessifs de sa politique. Ces appréciations relèvent du débat politique sur le projet.
Le texte prévoit parallèlement une revalorisation de 2,1 % du barème de l’impôt sur le revenu, destinée à éviter une hausse de prélèvement liée à l’absence d’indexation, ainsi qu’un prêt à taux zéro ciblant, sous conditions, les parents de jeunes enfants.
Les conséquences pour chaque famille dépendront du cumul des mesures fiscales et sociales, des dispositions adoptées et de l’évolution des prix. Les évaluations disponibles identifient des risques et des effets différenciés, sans fournir à ce stade un bilan global chiffré par catégorie de foyer.
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