- À l'issue du Conseil des ministres, l'exécutif a défendu sa politique budgétaire et annoncé une adaptation des dispositifs de sécurité pour les manifestations du 5 novembre, sur fond de tensions sociales et politiques
AA / Istanbul / Ben Amed Azize Zougmore
Le gouvernement français a réaffirmé, mercredi, son objectif de contenir le déficit public à 5,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2026, malgré la dégradation de la conjoncture économique, tout en assurant que les manifestations prévues jeudi 5 novembre pourraient se tenir dans le respect du droit de manifester.
Lors du point de presse organisé à l'issue du Conseil des ministres, les ministres Roland Lescure et David Amiel ont présenté le projet de loi de finances de fin de gestion pour 2026, avant que la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, ne réponde aux questions relatives aux tensions sociales, au maintien de l'ordre et à plusieurs controverses politiques.
- Une croissance « à l'arrêt » et un déficit maintenu à 5,4 %
Roland Lescure a dressé un tableau préoccupant de la situation économique française, évoquant notamment la volatilité des prix de l'énergie, les tensions sur les marchés internationaux, la sécheresse exceptionnelle et le recul de l'investissement des entreprises.
« La croissance française est à l'arrêt. Notre devoir, c'est de tout faire pour qu'elle redémarre », a-t-il déclaré.
Le ministre a confirmé que le déficit public devrait atteindre 5,4 % du PIB cette année, contre 5 % initialement prévus dans la loi de finances.
Malgré les résultats économiques inférieurs aux attentes, il a exclu, à ce stade, une révision de cette prévision, estimant que les données disponibles sur l'exécution budgétaire permettaient de maintenir cet objectif.
Il a également insisté sur la nécessité de ramener le déficit à 5 % en 2027, au nom de la crédibilité financière de la France.
De son côté, David Amiel a indiqué que les dépenses de l'État devraient être inférieures d'un milliard d'euros aux prévisions initiales, malgré les dépenses supplémentaires engagées pour répondre aux différentes crises.
Le projet de loi prévoit notamment des crédits destinés aux armées, confrontées à environ 700 millions d'euros de surcoûts opérationnels, ainsi qu'au secteur agricole, à la sécurité civile, au logement et à l'éducation nationale.
Une enveloppe supplémentaire de 17 millions d'euros doit notamment permettre le recrutement de 920 enseignants contractuels remplaçants.
- Budget 2027 : le recours au 49.3 et aux ordonnances n'est pas exclu
Interrogé sur les difficultés rencontrées dans les discussions parlementaires, Roland Lescure a indiqué que le gouvernement privilégiait toujours l'adoption du budget par la voie parlementaire.
Il a toutefois rappelé l'existence de deux mécanismes constitutionnels, l'article 49.3 et l'article 47, permettant respectivement une adoption sans vote sous certaines conditions et, dans le second cas, une mise en œuvre par ordonnances lorsque les délais constitutionnels sont dépassés.
« A priori, ce n'est pas notre objectif, mais si on doit utiliser les glissières de sécurité, évidemment, on le fera », a-t-il affirmé.
David Amiel a, pour sa part, appelé les différentes forces politiques à dépasser leurs divergences pour parvenir à un compromis, tout en soulignant que l'objectif de réduction du déficit demeurait non négociable.
Interrogé sur une éventuelle revalorisation exceptionnelle du salaire minimum (SMIC), il n'a confirmé aucune annonce, renvoyant aux discussions en cours entre le gouvernement et les partenaires sociaux.
- Manifestations du 5 novembre : le gouvernement reste « extrêmement vigilant »
Le gouvernement reste « extrêmement vigilant » à la veille de la nouvelle journée de mobilisation prévue jeudi 5 novembre, a déclaré Maud Bregeon, à l'issue du Conseil des ministres.
« On est extrêmement vigilant. Il est hors de question qu'on revive ce qu'on a pu traverser le 17 octobre », a affirmé la porte-parole, évoquant notamment la situation des commerçants « qui ont traversé une période extrêmement difficile ».
Dans certaines villes, « les tracés des manifestations seront adaptés autant que nécessaire dans le cadre permis par le droit », a-t-elle précisé.
Maud Bregeon a souligné que les dispositifs de maintien de l'ordre seraient réévalués à chaque nouvelle mobilisation, en fonction des risques identifiés localement, sous l'autorité des préfets et en concertation avec les maires.
Elle a toutefois assuré qu'aucune règle générale n'imposait d'écarter les cortèges des centres-villes, insistant sur la nécessité de concilier la liberté de manifester et la protection des personnes et des biens.
Selon la porte-parole, le président Emmanuel Macron a salué, lors du Conseil des ministres, le déroulement globalement satisfaisant des deux précédents samedis de mobilisation et remercié les forces de l'ordre pour leur engagement.
Interrogée sur les inquiétudes concernant d'éventuelles restrictions des libertés publiques, elle a réaffirmé que le rôle de l'État était de permettre aux Français d'exprimer leurs revendications dans un cadre pacifique.
Elle a également défendu le caractère démocratique des institutions françaises, rappelant la tenue de l'élection présidentielle dans quelques mois.
Maud Bregeon a enfin appelé les organisations politiques et syndicales à la responsabilité, estimant que les violences risquaient de reléguer au second plan les revendications sociales portées par les manifestants.
- Polémique avec un journaliste sur l'extrême droite et la liberté de la presse
Le point de presse a également été marqué par un échange tendu entre Maud Bregeon et un journaliste indépendant, qui l'interrogeait sur les accusations de banalisation de l'extrême droite et de stigmatisation de la gauche.
« Je ne suis pas votre faire-valoir pour réussir sur les réseaux sociaux », lui a-t-elle répondu, refusant de revenir sur ses précédentes déclarations.
Elle a ensuite accusé des responsables de l'« extrême gauche » de cibler nommément des journalistes, estimant que cette pratique contribuait à instaurer un climat « extrêmement dangereux ».
Le journaliste l'a également interrogée sur l'absence de représentants du gouvernement à un hommage organisé à Trappes après un attentat évoqué lors de l'échange, ainsi que sur les critiques formulées par les proches d'une victime.
Maud Bregeon a refusé de développer sa réponse, affirmant que l'exécutif s'était déjà exprimé sur le sujet.
Questionnée par ailleurs sur des propos attribués à l'ancien Premier ministre Édouard Philippe concernant une supposée surreprésentation de jeunes issus de l'immigration lors des pillages du 17 octobre, elle a défendu la nécessité d'analyser les fractures sociales, tout en rejetant les amalgames.
Relancée sur les données permettant d'étayer cette affirmation, elle n'a pas fourni de nouveaux chiffres précis lors de l'échange.
- CNews et libertés publiques également évoquées
La porte-parole du gouvernement a également été interrogée sur une pétition demandant la fermeture de la chaîne CNews, ainsi que sur la possibilité d'organiser un débat à l'Assemblée nationale.
Elle a estimé qu'il revenait aux parlementaires de décider de la tenue d'un tel débat, tout en rappelant que la fermeture d'une chaîne ne relevait pas directement de leur compétence.
Enfin, interrogée sur l'utilisation présumée de mesures antiterroristes contre certains manifestants, elle a refusé de commenter des décisions de justice, rappelant l'existence de voies de recours.
Le gouvernement a ainsi réaffirmé sa volonté de concilier maintien de l'ordre, liberté de manifester et maîtrise des dépenses publiques, dans un contexte de tensions sociales persistantes et de négociations budgétaires difficiles.
Anadolu Ajansı / Ben Amed Azize Zougmore — Anadolu Ajansı
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