- L’Union étudiante appelle à se mobiliser samedi
AA / Istanbul / Mariem Njeh
Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, et celui de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, ont détaillé lundi, lors d’une conférence de presse, les mesures retenues par le gouvernement en réponse aux revendications des lycéens et des étudiants, mobilisés depuis un mois.
« Aucune des décisions que nous prenons n’est une promesse en l’air », a affirmé Édouard Geffray en ouverture, assurant que les engagements seraient tenus « dans des délais précis et de manière chiffrée ».
Il a indiqué que l’exécutif s’était appuyé sur la plateforme de consultation des lycéens sur leurs conditions d’apprentissage, qui a recueilli 101.000 contributions. « Sur les 3.700 lycées français, 3.000 ont participé d’une manière ou d’une autre », a-t-il précisé, saluant « une très forte mobilisation de nos élèves ».
- Parcoursup : une refonte en deux temps
Parcoursup sera maintenu pour la prochaine campagne de vœux, avec une amélioration de « sa lisibilité et de sa facilité d’usage », a expliqué Philippe Baptiste. Un nouveau dispositif le remplacera à partir de 2028.
Dans l’intervalle, la plateforme gagnera en « transparence », avec des informations plus claires dès l’ouverture de la procédure et un accompagnement à l’orientation dès la seconde. Les formations pourront proposer des « capsules vidéos » de présentation. La lettre de motivation, qualifiée d’« irritant » par le ministre, pourra rester exigée par certaines formations, à condition qu’elles justifient cette demande.
Chaque candidat refusé pourra par ailleurs interroger la formation sur les motifs de sa décision. En 2028, la mention du lycée d’origine, jugée discriminatoire par les organisations lycéennes et étudiantes, sera supprimée.
- Seconde : des effectifs plafonnés à 28 élèves
Édouard Geffray a annoncé un plafonnement à 28 élèves par classe de seconde, d’abord dès la rentrée 2027 dans la moitié des lycées les moins favorisés, puis à la rentrée 2028 dans l’autre moitié. « Dans deux ans, toutes les classes de seconde seront plafonnées à 28 élèves », a-t-il assuré.
Le nombre d’élèves par groupe de spécialité en première et en terminale doit aussi être limité. Cela nécessite de nouveaux moyens : les 836 suppressions de postes prévues dans le second degré public seront annulées par amendement du gouvernement, et 500 postes supplémentaires seront créés pour les lycées.
- Contrôle continu : un chantier ouvert dès mardi
Le ministre a annoncé l’ouverture, « dès demain », d’un chantier sur la place du contrôle continu au baccalauréat et au lycée, en particulier en classe de première. Les travaux associeront lycéens et organisations syndicales représentatives des personnels, et devront s’achever « début 2027 au plus tard » afin que des mesures s’appliquent dès la rentrée suivante.
- Enseignement supérieur : 15.000 places supplémentaires
Philippe Baptiste a annoncé la création de 15.000 « premières places » dans le supérieur entre 2027 et 2028. Elles seront ouvertes d’abord en Île-de-France, où la situation est la plus tendue, et principalement en IUT et en BTS, filières qui « manquent cruellement » dans la région.
- Rénovation du bâti
Pour le secondaire, le Premier ministre a décidé d’ouvrir quatre milliards d’euros de lignes de crédit supplémentaires sous forme de prêts à taux bonifiés, destinés aux régions et aux départements afin de financer la rénovation des collèges et lycées, a indiqué Édouard Geffray.
Dans le supérieur, Philippe Baptiste a évoqué un patrimoine immobilier universitaire très hétérogène, mêlant bâtiments neufs et locaux dégradés. Un milliard d’euros supplémentaire sera consacré à la rénovation, dont 200 millions dès 2027 pour une première série de sites déjà identifiés, dont la liste reste à préciser.
- Bourses indexées sur l’inflation
Soulignant la précarité étudiante, le ministre a rappelé que les bourses étaient jusqu’ici la seule aide sociale non indexée sur l’inflation. Elles le seront « dès cette année », avec une montée en charge progressive pour suivre les prévisions d’inflation.
- Les lycéens appellent à poursuivre la mobilisation
À l’issue de leur rencontre avec Sébastien Lecornu à Matignon, les organisations « Les Lycéens! » et « Renouveau lycée » ont reconnu des « annonces très claires », mais appellent à maintenir la mobilisation les 31 octobre et 5 novembre, dans l’attente de « retours très concrets du terrain ».
- L’Union étudiante juge les annonces insuffisantes
L’Union étudiante a réagi point par point aux annonces du gouvernement dans une série de visuels diffusés sur les réseaux sociaux, jugeant plusieurs mesures « insuffisantes » ou trop floues.
Sur l’indexation des bourses, le syndicat estime qu’elle « aurait dû être faite depuis 10 ans ». Il demande où sont passés les 200 euros d’augmentation qu’il réclame, face à ce qu’il décrit comme une perte de pouvoir d’achat de 3.000 euros en dix ans.
Concernant les 15.000 places supplémentaires dans le supérieur, l’organisation affirme qu’il en manque « au moins 250.000 » et interroge : où sont les places pour les jeunes « privés de leur droit à l’éducation à cause de la sélection sociale et raciste » ?
Sur Parcoursup, le syndicat rejette une réforme axée sur la transparence et la lisibilité. Selon lui, la sélection serait « injuste même si les critères de sélection sont publics ». Il réclame l’abolition de toute sélection, tout en conservant une plateforme centralisée d’inscription, et une « mesure concrète d’urgence » plutôt qu’une réforme prévue pour 2028.
À propos de l’annulation des suppressions de postes, l’Union étudiante juge la mesure « clairement insuffisante ». Elle réclame un infirmier, un psychologue et un conseiller d’orientation pour 500 élèves, ainsi qu’un enseignant devant chaque classe.
Le plan de rénovation du bâti scolaire est jugé « pas précis ». Le syndicat exige un « engagement concret », notamment un plan d’urgence pour les locaux délabrés et insalubres, et leur adaptation au changement climatique (climatisation face aux canicules, isolation et chauffage face au froid).
Enfin, sur le plafonnement à 28 élèves en seconde, l’organisation s’interroge : les élèves de première et de terminale seraient-ils « punis », privés de meilleures conditions d’étude l’année du bac ?
L’Union étudiante appelle à se mobiliser samedi.
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