Le Sénégal joue une partie décisive : sans compromis politique autour du budget rectificatif de 2026 et sans accord crédible avec ses créanciers, le financement du FMI pourrait être retardé, compliquant davantage le redressement économique du pays.
Le Sénégal voit sa crédibilité financière de nouveau fragilisée. Mardi 20 octobre, les obligations internationales du pays ont fortement reculé après l’opposition d’Ousmane Sonko aux projets de budget de 2026 et 2027.
Au cœur du bras de fer : la stratégie de restructuration de la dette et la réduction des subventions énergétiques, dans un contexte de fortes tensions sur les finances publiques.
Le signal est préoccupant pour Dakar. Toutes les échéances des obligations sénégalaises libellées en euros et en dollars ont perdu plus d’un centime. Le titre arrivant à maturité en 2037 a chuté de 2,166 centimes, à environ 48,93 centimes pour un euro de valeur nominale. Cette baisse traduit les inquiétudes des investisseurs face au risque de blocage budgétaire.
Une dette héritée, une crise politique qui s’aggrave
Depuis la révélation, en 2024, d’importantes dettes jusque-là sous-déclarées, l’État sénégalais cherche à rétablir la confiance des créanciers. La dette publique, élargie aux entreprises publiques et aux garanties de l’État, a été estimée à près de 130 % du PIB à fin 2024 selon les analyses citées par Reuters.
Un accord technique conclu en septembre avec le Fonds monétaire international prévoit un financement de 2,2 milliards de dollars sur trois ans, mais il reste soumis à l’approbation du conseil d’administration du FMI.
Ousmane Sonko, désormais au perchoir, conteste le recours au mécanisme de traitement de la dette du G20 et dénonce notamment les réductions envisagées des subventions et des dépenses d’investissement. Le gouvernement, lui, défend une stratégie destinée à rétablir l’équilibre budgétaire et à rendre la dette soutenable.
L’enjeu dépasse donc les marchés financiers : il touche au pouvoir d’achat, aux investissements publics et à la marge de manœuvre économique du pays.
Le budget rectificatif de 2026 prévoit désormais une croissance de 2,7 % et un déficit de 7,6 % du PIB. Pour Dakar, le défi est double : éviter que la crise de la dette ne s’aggrave et empêcher que la rivalité au sommet de l’État ne bloque les réponses économiques.
Le Sénégal joue ainsi une partie décisive : sans compromis politique et sans accord crédible avec ses créanciers, le financement du FMI pourrait être retardé, compliquant davantage le redressement économique du pays.

