Plus de 700 millions de dollars destinés à la lutte contre Ebola échappent au suivi financier, révèle Africa CDC qui dénonce un grave déficit de transparence de la part des ONG et organisations internationales.
Sur les 962 millions de dollars décaissés par les donateurs internationaux pour la riposte contre Ebola en République démocratique du Congo (RDC), plus de 700 millions restent sans traçabilité auprès des autorités nationales. Africa CDC dénonce un grave déficit de transparence de la part des ONG et organisations internationales chargées de mettre en œuvre les activités de riposte.
Où sont passés les fonds mobilisés contre Ebola en RDC ? C’est la question soulevée par Africa CDC dans un communiqué publié le 15 octobre, après les déclarations de son directeur général, le Dr Jean Kaseya, lors d’une conférence de presse tenue la veille à Kinshasa.
Selon les chiffres communiqués par l’agence sanitaire de l’Union africaine, les bailleurs internationaux ont décaissé près de 962 millions de dollars directement au profit des organisations internationales et des ONG chargées de la riposte. Or, ces fonds n’ont pas été versés au gouvernement congolais, mais aux partenaires chargés de leur mise en œuvre.
Le problème : une grande partie de ces financements demeure impossible à retracer à partir des informations financières communiquées aux autorités nationales.
Moins d’un tiers des organisations ont communiqué leurs chiffres
Lors d’une réunion organisée par le directeur général de l’Institut national de santé publique (INSP), avec l’appui d’Africa CDC, seules 30 % des organisations concernées ont participé et partagé leurs données financières.
Les informations recueillies font état d’environ 220 millions de dollars reçus, dont 120 millions déjà dépensés pour les activités de riposte et 100 millions encore disponibles.
L’écart est considérable : sur les 962 millions de dollars déclarés comme décaissés par les donateurs, plus de 700 millions ne sont toujours pas documentés auprès des autorités congolaises. Africa CDC précise que cette situation ne permet pas au gouvernement d’avoir une vision complète des ressources mobilisées, des dépenses effectuées et des résultats obtenus sur le terrain.
L’agence ne présente toutefois pas cet écart comme la preuve d’un détournement de fonds. Elle pointe avant tout l’absence d’informations financières suffisantes pour établir précisément où se trouvent les ressources et comment elles sont utilisées.
Africa CDC hausse le ton face aux ONG
Africa CDC juge inacceptable que des organisations reçoivent des centaines de millions de dollars pour intervenir dans un pays confronté à une urgence sanitaire majeure sans rendre compte de manière transparente aux autorités nationales chargées de coordonner la riposte.
L’agence appelle les partenaires à respecter les mécanismes nationaux de coordination, de transparence et de redevabilité. Elle entend travailler avec le gouvernement congolais pour rapprocher les données des bailleurs et celles des organisations, identifier les fonds reçus par chaque partenaire, vérifier les dépenses et documenter les activités financées.
Des sanctions pourraient également suivre. Africa CDC soutiendra les mesures administratives et réglementaires que Kinshasa jugera nécessaires, conformément aux lois et procédures applicables. Celles-ci pourraient aller jusqu’à la suspension ou au retrait de l’accréditation ou de l’autorisation d’opérer en RDC. L’agence envisage aussi de signaler aux autorités d’autres pays africains les organisations qui refuseraient de respecter leurs obligations de transparence.
Chaque dollar doit pouvoir être justifié
Au-delà de la question comptable, l’enjeu est celui de l’efficacité de la riposte contre Ebola : les financements doivent pouvoir être reliés aux activités menées, aux structures de santé soutenues et aux populations affectées.
Africa CDC réaffirme son engagement aux côtés des autorités congolaises pour renforcer le suivi financier et garantir une réponse placée sous leadership national.
Alors que des sommes considérables ont été mobilisées pour combattre l’épidémie, l’agence sanitaire africaine réclame désormais des comptes aux organisations chargées de leur mise en œuvre. L’objectif : savoir où va l’argent, ce qu’il finance et quels résultats il produit pour les populations congolaises.

