- La candidate du Rassemblement national défend une interdiction progressive du voile, une nouvelle réforme des retraites et une réduction du soutien financier à Kiev, tout en affirmant que sa candidature est assurée
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Marine Le Pen a défendu jeudi soir une interdiction progressive du voile, présenté les grandes lignes de sa réforme des retraites et proposé l’exclusion des élèves de plus de 16 ans responsables de dégradations, lors de l’émission « Objectif Élysée 2027 », diffusée sur Europe 1 et CNEWS.
Interrogée par Laurence Ferrari, la candidate du Rassemblement national a également plaidé pour une baisse des impôts de production, une reprise en main par l’État de la protection de l’enfance et une réduction de l’aide financière française à l’Ukraine.
-Une interdiction progressive du voile, jusque dans la rue
Marine Le Pen souhaite soumettre à référendum un projet de loi contre les « idéologies totalitaires », dans lequel elle entend inscrire une interdiction progressive du voile, qu’elle rattache à cette qualification.
Elle propose de commencer par les universités, les fédérations sportives et les bâtiments publics, avant d’étendre l’interdiction à la rue. Elle affirme vouloir agir au titre de la lutte contre une idéologie, plutôt que sur le fondement de la laïcité, et cibler également ses financements, ses réseaux et les associations qui la soutiennent.
La candidate a parallèlement réaffirmé que l’Islam était compatible avec la République, contrairement, selon elle, à la Charia et au fondamentalisme Islamiste. « Les musulmans, eux, n’ont absolument aucune raison de s’inquiéter », a-t-elle assuré.
-Des départs à la retraite entre 60 et 62 ans
Marine Le Pen prévoit de présenter le 17 novembre une réforme des retraites comprenant un pilier de capitalisation, sans en détailler les modalités.
Les personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans pourraient partir à 60 ans avec 40 annuités. Pour celles ayant commencé après cet âge, le départ serait progressivement fixé jusqu’à 62 ans, avec 42 annuités.
Elle juge cette proposition juste et économiquement soutenable, tout en invoquant les contraintes budgétaires. Elle a notamment attribué à la présidence d’Emmanuel Macron une augmentation de la dette de 1 300 milliards d’euros.
-Une baisse des impôts de production et une contribution des patrimoines importants
La candidate défend une réduction de 20 milliards d’euros des impôts de production afin, selon elle, de favoriser la réindustrialisation et l’investissement des entreprises.
Elle souhaite parallèlement faire contribuer les détenteurs de patrimoines importants, estimant que « tout le monde doit faire un effort ». Elle prévoit toutefois des exonérations pour l’outil de travail, les investissements dans les entreprises et la résidence principale ou unique jusqu’à un certain seuil.
Elle a également évoqué des mesures destinées à soutenir l’installation des jeunes familles et la naissance d’un troisième enfant, sans en préciser les modalités.
-Des exclusions d’élèves et des interdictions de manifester
Dans le contexte des mobilisations lycéennes, Marine Le Pen veut exclure des établissements les élèves de plus de 16 ans responsables de dégradations ou de menaces contre leurs camarades et les enseignants. Elle estime qu’ils devront trouver une autre institution pour poursuivre leur éducation.
Se disant attachée à la liberté de manifester, elle propose aussi des interdictions de manifester visant les personnes régulièrement impliquées dans des violences, notamment en amont des rassemblements.
Elle a accusé le gouvernement de « laxisme » et dénoncé les propos attribués à Emmanuel Macron sur un manque d’empathie des forces de l’ordre. Invoquant près de 900 blessés parmi les policiers et gendarmes, selon son décompte, elle les a décrits comme découragés et abandonnés par le pouvoir.
-Permis de conduire et déplacements pour les jeunes
Marine Le Pen propose une prise en charge du permis de conduire, notamment pour faciliter l’accès à l’emploi dans les territoires ruraux.
Elle souhaite également permettre aux 18-25 ans de voyager en utilisant les places de train restées invendues, avec un soutien financier de l’État.
Sur l’école, elle défend un retour aux enseignements fondamentaux et attribue les emplois du temps discontinus des lycéens à la réforme du baccalauréat et à la multiplication des options.
-La protection de l’enfance confiée à l’État
La candidate souhaite créer un ministère de plein exercice et transférer des départements à l’État la gestion de l’aide sociale à l’enfance, qu’elle propose de rebaptiser « aide sociale à la famille ».
Elle privilégie le maintien des enfants dans leur famille lorsque leur sécurité le permet, puis l’accueil par des proches ou des familles d’accueil, le placement en foyer devant intervenir en dernier recours.
Elle demande des contrôles renforcés des personnes accueillant des enfants et une intervention plus rapide en cas de maltraitance, avec des critères communs sur le territoire.
-Une aide financière à l’Ukraine réduite, un soutien militaire maintenu
Marine Le Pen s’est dite prête à rencontrer Volodymyr Zelensky et à se rendre en Ukraine si elle y était invitée.
Elle estime toutefois que la France n’a plus les moyens de maintenir son soutien financier à Kiev, qu’elle chiffre à six milliards d’euros d’engagements annuels. Elle affirme en revanche vouloir poursuivre l’aide militaire, notamment par des fournitures de matériel.
-Transformer l’Union européenne et accompagner l’IA
Marine Le Pen ne souhaite plus quitter l’Union européenne, estimant que la progression de mouvements partageant ses positions permet désormais d’envisager une transformation de l’intérieur. Elle maintient cependant ses critiques contre une institution qu’elle juge de moins en moins démocratique.
Concernant l’intelligence artificielle, elle évoque une révolution susceptible de créer des emplois et d’améliorer les méthodes de travail, notamment dans la santé et la sécurité. Elle a indiqué l’utiliser elle-même.
-Une candidature revendiquée et un soutien renouvelé à Bardella
Alors que son pourvoi reste à examiner par la Cour de cassation, Marine Le Pen affirme que sa candidature n’est plus menacée depuis la décision d’appel du 7 juillet. « Rien ne peut m’empêcher (…) d’être candidate à l’élection présidentielle », a-t-elle déclaré.
Elle maintient également son choix de Jordan Bardella pour Matignon. Interrogée sur les messages antisémites de jeunesse que lui attribue Mediapart, elle a défendu son innocence et indiqué que la justice avait été saisie contre le média.
Se présentant comme « la femme de la situation », elle souhaite gagner sur son projet plutôt que par rejet de son adversaire. Elle préférerait ainsi affronter un candidat du centre au second tour plutôt que Jean-Luc Mélenchon, qu’elle accuse d’alimenter la contestation et les dégradations chez une partie de la jeunesse.
Monde

