-Des milliers de manifestants algériens contre le « couvre-feu imposé au musulmans de France » ont été violemment réprimés, le 17 octobre 1961 à Paris, par la police française, qui a tué sauvagement entre 150 et 200 personnes

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Massacres du 17 octobre 1961 à Paris : une tâche noire indélébile dans l’histoire de la France

AA/Alger/Aksil Ouali

Dix-sept octobre 1961-17 octobre 2026. Soixante-cinq années sont déjà passées, sans pour autant réussir à effacer un triste souvenir. C’est celui des massacres des manifestants pacifiques algériens à Paris, la capitale française, par les éléments de préfet de police, Maurice Papon. Longtemps occultée par la France officielle, cette tâche noire dans l’histoire de la France s’avère qu’elle est indélébile.

Grace à un patient et long travails des historiens, notamment français, cet épisode tragique de la fin de la guerre d’Algérie a fini par être connu. Mais pas totalement reconnu par les officiels en France. Au moment des faits et pendant plusieurs dizaines d’années après, les autorités françaises ont tout fait pour taire ce que des voix, y compris en France, qualifient aujourd’hui de « crime d’Etat ».

« On ne voyait pas à ce moment là l’ampleur des violences exercés contre eux (les manifestants algériens, NDLR). Sur les rares vidéos et images diffusées à l’époque, on voit seulement qu’on leur a demandé de mettre les mains en l’aire et on les fait monter sur les bus de la RATP réquisitionnés pour les conduire dans les centres de rétention », rappelle l’historien français, Gilles Manceron, un des spécialistes de l’histoire franco-algérienne.

Et d’ajouter dans un témoignage à Ina.fr: « C’est un évènement dont on a pas parlé depuis plus de 20 ans. Il a fallu attendre l’alternance politique en France au début des années 1980 pour voir l’information libérée et relâchée».

-« Violence des manifestants : « un Fake news officiel »

L’historien rappelle même le mensonge de Yvon Kouane, chef de police en 1961, qui affirmait, plusieurs années plus tard, que « ces hommes avaient entendu des coups de feu du côté des manifestants, mais ils n’ont en aucun cas fait usage de leurs armes ce soir ». « Ce monsieur a répété des mensonges en affirmant que ce sont les algériens qui ont tiré. Ce qui est faux. C’est un fake news officiel. Ce sont les policiers avec leur FPA et leurs armes automatiques qui mitraillaient les manifestants », précise Giles Manceron.

La télévision française n’a levé le voile sur cet épisode sanglant de la police française qu’on en 1985. Que s’est-il passé ? Le 17 octobre 1961, à l’appel de la Fédération de France du FLN (Front de libération nationale), 20 000 à 30 000 travailleurs algériens, accompagnés de leur famille, marchent vers Paris. Ils voulaient exprimer pacifiquement leur refus du couvre-feu imposé le 5 octobre 1961 par le préfet de police Maurice Papon aux « Français musulmans d’Algérie ».

La réponse des policiers français était disproportionnée. Dans la capitale, les manifestants sont dispersés, frappés, embarqués dans des cars de police ou jetés dans la Seine. Le bilan de cette répression est lourd. Les historiens estiment entre 150 et 200 morts parmi les manifestants algériens, alors qu’à l’époque, le bilan officiel a évoqué seulement « 2 morts ».

Dans certains de ses écrits sur cette « histoire occultée », l’historien Benjamin Stora, rappelle qu’il y a eu des « dizaines de morts, des centaines de blessés, des milliers d’expulsés, et 11 500 manifestants arrêtés, parqués au Palais des sports de la porte de Versailles à Paris et dans d’autres lieux ».

-Lente reconnaissance

Malgré les travaux des historiens, les ouvrages publiés sur le sujet et les films documentaires produits, les officiels français ont continué à occulter cette sombre Histoire. Il a fallu attendre 2001 pour voir un premier hommage officiel en France aux victimes. Le maire de Paris à l’époque, Bertrand Delanoë, a dévoilé une plaque commémorative en mémoire des « nombreux Algériens tués » le 17 octobre 1961, malgré l’opposition de l’extrême droite.

Le premier président français à évoquer « la sanglante répression » était François Hollande. C’était en 2012, lorsqu’il a rendu hommage aux algériens, victimes de ces massacres. Son successeur, Emmanuel Macron a suivi l’exemple et reconnait, en 2021, « un crime inexcusable et une vérité incontestable » concernant les massacres.

Alors qu’il rend hommage aux victimes sur le pont de Bezons (Hauts-de-Seine), il déclare : « Des tirs à balles réelles se sont produits à cet endroit et des corps ont été repêchés dans la Seine. Occulté pendant des décennies, le massacre du 17 octobre retrouve toute sa place dans les mémoires ».

Mais, cette lente reconnaissance n’est toujours pas complète. Le sera-t-elle un jour ? Le chemin est déjà tracé. Alors qu’en Algérie, l’anniversaire est commémoré officiellement depuis 2021, en France les rangs de partisans d’une nécessaire reconnaissance de ce crime ne cesse de grossir. Après le vote par l’Assemblée française d’une résolution, en 2025, appelant l’Etat français à aller dans cette direction, des maires français sont monté au créneau, à la veille de la commémoration du 65e anniversaire de ces massacres, pour exiger la reconnaissance d’un crime d’Etat.

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