– Le groupe parlementaire insoumis appelle le gouvernement à renoncer à toute utilisation de l’armée pour le maintien de l’ordre lors des manifestations.
AA / Paris / Ümit Dönmez
Le groupe parlementaire La France insoumise (LFI) a dénoncé le déploiement annoncé de militaires de l’opération Sentinelle à l’occasion des manifestations prévues samedi 24 octobre en France, estimant que cette décision risque d'entretenir une confusion entre les missions de l’armée et celles des forces de sécurité intérieure.
Par voie d'un communiqué publié ce mercredi, le groupe parlementaire LFI a qualifié l’annonce du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, de « nouveau cap très préoccupant dans la réponse sécuritaire du Gouvernement aux mobilisations populaires », appelant l’exécutif à renoncer à toute utilisation de militaires à des fins de maintien de l’ordre.
« Les manifestants ne sont pas des ennemis de l’intérieur. Le gouvernement français ne doit pas rentrer en guerre contre son propre peuple », a déclaré le groupe parlementaire, rappelant que les forces armées ont pour mission première de défendre la Nation et de protéger le territoire contre les menaces qui pèsent sur lui.
Les députés insoumis ont souligné que le maintien de l’ordre relève des forces de sécurité intérieure et que l’intervention de militaires dans le contexte d’une mobilisation sociale ou politique pourrait entraîner une confusion entre les missions de défense nationale et celles de sécurité intérieure.
« L’armée de la République doit protéger le peuple français, jamais être employée pour mater ses mobilisations », ont-ils insisté.
Le groupe parlementaire a ainsi demandé « formellement au Gouvernement de renoncer à toute mobilisation des militaires de l’opération Sentinelle à des fins de maintien de l’ordre lors de la manifestation du 24 octobre ».
Cette prise de position intervient après les annonces de Laurent Nuñez concernant le renforcement du dispositif de sécurité prévu pour le 24 octobre.
Pour rappel, l’opération Sentinelle a été créée en janvier 2015, à la suite des attentats terroristes survenus en France. Elle vise principalement à protéger la population et les sites sensibles contre la menace terroriste, notamment les lieux de culte, les gares et les lieux très fréquentés.
La décision de recourir aux militaires de l’opération Sentinelle vise, selon le gouvernement, à assurer des missions de protection statique et à libérer des policiers et des gendarmes au profit du maintien de l’ordre. Le renforcement sécuritaire intervient ainsi alors que les organisations mobilisées entendent poursuivre leur mouvement, sur fond de critiques concernant les « violences policières ».
– Contexte de mobilisation et gestion du désordre
Cette controverse intervient dans un contexte de mobilisation sociale d’ampleur, née le 21 septembre d’un mouvement de lycéens dénonçant le manque de moyens dans l’Éducation nationale, les absences de professeurs non remplacés, les classes surchargées et la dégradation des conditions d’enseignement. La contestation, partie notamment du lycée Saint-Exupéry de Créteil, dans le Val-de-Marne, avant de s’étendre à de nombreux établissements, s’est progressivement élargie aux étudiants réclamant notamment une réforme de Parcoursup, puis aux syndicats et aux Gilets jaunes, mobilisés contre la vie chère et la dégradation des services publics.
Le mouvement a culminé samedi 17 octobre avec 550 000 manifestants recensés par le ministère de l’Intérieur, dont 110 000 à Paris, contre 800 000 participants revendiqués par les organisateurs. La journée a été marquée par d’importantes violences, notamment place de la République, à Paris, où de violents affrontements ont opposé des groupes de manifestants aux forces de l’ordre, visées par des jets de pavés, de cocktails Molotov et de mortiers d’artifice. La police a fait un usage massif de gaz lacrymogènes, tandis que des commerces ont été pillés et des barricades érigées dans plusieurs quartiers de la capitale.
Les violences se sont étendues à d’autres villes, notamment Marseille, où plusieurs dizaines de personnes ont forcé les portes de l’hôtel de ville et pénétré dans le bâtiment, provoquant des dégradations, tandis que des commerces étaient pillés et que des affrontements éclataient dans le centre-ville. La situation a été particulièrement grave à Limoges, où un incendie volontaire a dévasté l’hôtel de ville, suscitant une vive émotion et un rassemblement de soutien aux élus dès le lendemain.
Le bilan national de cette journée fait état de plus de 1 200 interpellations et de plus de 150 policiers blessés, selon les premiers chiffres communiqués par les autorités. Les événements du 17 octobre, qui ont également donné lieu à des accusations de violences policières et à l’ouverture d’enquêtes, ont conduit le gouvernement à reconnaître des insuffisances dans l’anticipation et la gestion des troubles. Les nouvelles manifestations annoncées pour le 24 octobre s’inscrivent ainsi dans une contestation qui dépasse désormais les revendications initiales des lycéens.
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