- L’ONG accuse les forces maliennes, leurs alliés russes et des groupes armés d’exactions contre des civils et des militaires capturés, et appelle l’Union africaine à agir.
AA / Bamako / Amarana Maiga
L’organisation internationale de défense des droits humains Human Rights Watch (HRW) a dénoncé, lundi, de graves violations du droit international humanitaire commises par les Forces armées maliennes (FAMa), leurs alliés russes de l’Africa Corps et des groupes armés islamistes et séparatistes dans le centre et le nord du Mali, appelant l’Union africaine (UA) à prendre des mesures urgentes pour protéger les populations civiles.
Dans un rapport consacré à la recrudescence des violences depuis juillet 2026, l’ONG affirme que les opérations de contre-insurrection menées par l’armée malienne et ses alliés ont causé la mort et fait des blessés parmi les civils, tandis que des combattants islamistes et séparatistes se seraient rendus responsables de tortures et d’exécutions de militaires maliens faits prisonniers.
« L’armée malienne, les groupes armés et les forces insurgées commettent de graves violations du droit de la guerre, tandis que les organisations internationales et les gouvernements restent en grande partie passifs », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch.
À ce stade les autorités maliennes n’ont pas encore réagi à ces allégations de Human Rights Watch (HRW).
Selon l’organisation, plusieurs incidents documentés entre juillet et août 2026 mettent en cause les forces gouvernementales et leurs alliés.
Le 19 août, une frappe de drone sur un marché aux bestiaux à Tombonkore, dans la région de Bandiagara (centre), aurait tué six civils et blessé au moins 20 autres personnes.
Le 29 juillet, une autre frappe aurait partiellement détruit un centre de santé à Talhandak, dans la région de Kidal (nord), près de la frontière algérienne.
HRW rapporte également que cinq fillettes âgées de 10 à 13 ans ont été tuées le 12 juillet par des militaires maliens alors qu’elles récoltaient du riz dans un champ près de Niono, dans la région de Ségou.
L’organisation fait par ailleurs état de l'assassinat de trois civils peuls, les 27 et 28 juillet, à Djenné, dans la région de Mopti, imputé à des miliciens dozos alliés aux forces gouvernementales.
Selon les données de l’organisation Armed Conflict Location & Event Data (ACLED), citées par HRW, les forces maliennes et l’Africa Corps ont mené 49 frappes aériennes entre avril et août 2026, causant la mort de 89 civils, contre 22 frappes et 44 morts au cours de la même période en 2025.
Sur cette même période, ACLED attribue la mort de 268 civils aux forces armées maliennes et celle de 134 autres aux combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM).
- Au moins 19 soldats maliens exécutés après leur capture
Human Rights Watch dénonce également des exactions attribuées aux groupes armés opposés aux autorités de transition.
L’ONG affirme qu’au moins 19 soldats maliens capturés lors de l’attaque d’un convoi militaire, le 18 juillet à Tabrichat, dans la région de Gao (nord), ont été torturés et exécutés.
L'attaque avait été revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et le Front de libération de l’Azawad (FLA), un mouvement séparatiste.
Selon HRW, des vidéos examinées par ses chercheurs montrent des soldats maliens se rendant aux assaillants avant de subir des violences et des exécutions.
L’organisation précise toutefois ne pas avoir pu déterminer avec certitude l’appartenance des combattants directement impliqués dans ces actes.
Dans une réponse adressée à HRW le 30 septembre, le GSIM a reconnu que des prisonniers avaient été tués à Tabrichat, tout en affirmant que ces exécutions n’avaient pas été ordonnées par sa direction.
De son côté, le FLA a catégoriquement rejeté les accusations d’exécution de militaires maliens par ses combattants, tout en indiquant avoir engagé des vérifications internes concernant d’éventuelles violations du droit international humanitaire.
Les autorités judiciaires maliennes avaient annoncé, le 1er août, l’ouverture d’une enquête sur les exécutions présumées de soldats à Tabrichat.
- HRW appelle l’Union africaine à agir
Face à cette situation, Human Rights Watch exhorte le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine à convoquer une session spéciale consacrée à la protection des civils et à la responsabilité des auteurs présumés d’exactions.
L’organisation demande également l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les violations imputées aux forces armées maliennes, à leurs alliés et aux groupes armés d’opposition.
« Le Conseil de paix et de sécurité de l’UA devrait donner suite à ses engagements en matière de protection des civils au Mali par des mesures concrètes et des rapports publics réguliers », a souligné Ilaria Allegrozzi.
Pour établir ses conclusions, HRW indique avoir interrogé à distance 30 personnes entre le 30 juillet et le 20 septembre 2026, notamment des témoins, des défenseurs des droits humains, des journalistes et un militaire malien.
L’organisation précise avoir également analysé des photographies, des vidéos et des images satellitaires relatives à plusieurs incidents.
Elle affirme avoir adressé, le 5 août, une correspondance au ministre malien de la Défense pour lui présenter ses conclusions et solliciter des explications, sans avoir obtenu de réponse.
Le Mali est confronté depuis 2012 à une crise sécuritaire alimentée par les activités de groupes armés terroristes et séparatistes, malgré les opérations militaires engagées par les autorités pour rétablir la sécurité sur l’ensemble du territoire.
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