- Selon plusieurs responsables libyens, l'approbation du Parlement renforce la position de Tripoli en Méditerranée orientale et ouvre de nouvelles perspectives de coopération énergétique avec Ankara
TRIPOLI (AA)
Des responsables politiques libyens ont exprimé leur plein soutien à l'approbation par la Chambre des représentants du protocole d'accord signé en 2019 entre la Libye et la Türkiye sur la délimitation des zones de juridiction maritime en Méditerranée.
La ratification de cet accord par le Parlement libyen permet de lever les obstacles juridiques précédemment soulevés et d'achever les procédures légales prévues par la Constitution.
Selon plusieurs responsables politiques, cette approbation marque une étape importante, l'accord ne relevant désormais plus uniquement du gouvernement basé à Tripoli, mais devenant une composante de la politique officielle de l'État libyen.
Dans une déclaration à l'Agence Anadolu (AA), la députée libyenne Rabia Eburas a souligné que la ratification du protocole d'accord revêtait une importance à la fois nationale et régionale.
« L'approbation du protocole d'accord par la Chambre des représentants signifie désormais que ce dossier ne se limite plus à un seul gouvernement à Tripoli, mais qu'il fait partie intégrante de la politique officielle de la Libye », a-t-elle déclaré, rappelant que le texte avait été adopté à l'unanimité.
Selon elle, cette décision renforce le pouvoir de négociation de la Libye en Méditerranée orientale, tout en offrant à la Türkiye des perspectives de partenariat énergétique plus larges qu'auparavant.
- De nouvelles perspectives de coopération dans les hydrocarbures et l'énergie
Rabia Eburas a estimé que l'un des principaux avantages de cette ratification résidait dans la mise en place d'un cadre politique et juridique plus solide permettant à la Türkiye de mener des activités d'exploration et des études sismiques dans les zones maritimes libyennes présentant un potentiel en hydrocarbures.
Elle a rappelé qu'en juin 2025, la Compagnie nationale libyenne de pétrole (NOC) et la société pétrolière turque Türkiye Petrolleri Anonim Ortaklığı (TPAO) avaient signé un protocole d'accord portant sur des études géophysiques et des campagnes de prospection sismique bidimensionnelle dans quatre zones maritimes, sur une longueur totale d'environ 10 000 kilomètres.
« Si ce dossier est bien géré, la Libye pourrait bénéficier d'une augmentation des investissements, du développement du secteur des services pétroliers, de la création d'emplois, de la diversification de ses sources de revenus et, éventuellement, du renforcement de sa position en tant que fournisseur de gaz aux marchés européens », a-t-elle expliqué.
La députée a précisé que l'accord approuvé par le Parlement ne visait ni la Grèce ni aucun autre pays, mais permettait à la Libye de disposer d'une position de négociation plus forte.
Elle a également souligné que cette ratification offrait des garanties concrètes pour l'adoption des coordonnées précises et des cartes établies par les commissions techniques libyenne et turque.
- Un accord susceptible de modifier les équilibres en Méditerranée orientale
Selon Rabia Eburas, l'approbation parlementaire renforce considérablement la position politique de la Libye et met définitivement fin à l'argument selon lequel l'accord ne bénéficiait pas du soutien de la Chambre des représentants.
Elle a estimé que cette décision pourrait contribuer à redéfinir les équilibres régionaux en Méditerranée orientale.
« L'approbation du Parlement devrait avoir un effet notable sur la recomposition des équilibres en Méditerranée orientale. Elle consolide le rapprochement entre la Libye et la Türkiye et confère à Ankara une profondeur géographique et politique accrue face aux arrangements régionaux impliquant, à des degrés divers, la Grèce, Chypre, l'Égypte et Israël », a-t-elle déclaré.
Selon elle, cette évolution pourrait également inciter Athènes à intensifier ses contacts avec la Libye et l'Union européenne, tandis que l'Égypte pourrait être amenée à réévaluer ses options pour préserver ses intérêts maritimes et sécuritaires.
La députée a toutefois souligné que la portée réelle de cet accord dépendrait de la capacité de l'État libyen à unifier ses institutions, à gérer ses ressources de manière transparente et à transformer cet engagement politique en projets économiques et stratégiques concrets, bénéficiant de la reconnaissance la plus large possible.
- La Libye souhaite bénéficier de l'expertise turque en exploration sismique
De son côté, le président de l'Union des partis politiques libyens et du Parti de la voix du peuple, Fethi Chibli, a estimé que la ratification de l'accord par la nouvelle présidence de la Chambre des représentants constituait une décision favorable aux intérêts de la Libye.
« Aujourd'hui, nous ne pouvons pas oublier le rôle de la Türkiye en Libye. Elle nous a beaucoup aidés pendant la révolution de Février, et sa position a notamment joué un rôle positif lors des attaques contre Tripoli en 2019 », a-t-il déclaré.
Soulignant le besoin de son pays de bénéficier de l'expérience turque en matière d'exploration sismique, Chibli a insisté sur les avantages économiques attendus de cet accord.
« Nous pensons que cet accord avec la Türkiye sera bénéfique pour la Libye sur le plan économique. Notre pays ne dispose actuellement ni des moyens techniques ni des capacités logistiques nécessaires pour effectuer des forages pétroliers et gaziers en eaux profondes, alors que nous avons besoin de développer nos ressources », a-t-il expliqué.
Il a ainsi qualifié l'approbation parlementaire de « pas positif » dans cette direction.
Évoquant les ressources potentielles des fonds marins, il a estimé que les milliards de mètres cubes de gaz naturel ou de barils de pétrole susceptibles de s'y trouver pourraient générer des retombées économiques considérables pour les deux pays.
Concernant les éventuelles objections d'autres États, notamment de la Grèce, Chibli a affirmé que le développement des relations entre Ankara et Tripoli relevait de la souveraineté des deux pays.
Il a ajouté que si l'accord était enregistré auprès des Nations unies et acquérait une portée internationale, Athènes pourrait, si elle souhaitait le contester, saisir les juridictions internationales compétentes.
- Un investissement stratégique pour les deux pays
Le président du Parti des démocrates indépendants libyens, Sami al-Sayd, a également salué la ratification de l'accord, resté en suspens devant la Chambre des représentants depuis 2019.
Selon lui, cette décision constitue une avancée positive pour la nouvelle présidence du Parlement et devrait apporter des bénéfices économiques importants aux deux pays.
« L'approbation de cet accord sera très bénéfique pour la Libye et la Türkiye sur le plan économique, puisqu'il s'agit, en définitive, d'un investissement dans les secteurs du pétrole et du gaz naturel », a-t-il déclaré.
Al-Sayd a également estimé que la Grèce et l'Égypte pourraient participer aux discussions sur la délimitation des zones maritimes afin de parvenir à des arrangements mutuellement avantageux.
Il a souligné que la Libye, en tant qu'État souverain, disposait de frontières maritimes et d'eaux territoriales protégées.
« Cet accord ne constitue donc pas seulement une mesure de protection, mais aussi un investissement entre les deux pays, ainsi qu'un moyen de formaliser et de renforcer les relations entre la Libye et la Türkiye », a-t-il affirmé.
Selon lui, la Grèce pourrait s'opposer à ce projet stratégique en raison de ses propres accords maritimes avec d'autres pays ou de ses divergences concernant la délimitation des espaces maritimes entre la Libye et la Türkiye.
*Traduit du turc par Ben Amed Azize Zougmore
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