- Des experts analysent pour Anadolu l’héritage politique de Julius Nyerere, décédé le 14 octobre 1999, et la pertinence de ses idées dans l’Afrique contemporaine

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Julius Nyerere : l’indépendance et l’unité africaines au cœur d’un héritage toujours vivant

ISTANBUL (AA)

L’enseignant-chercheur de l’Université de Dar es Salaam, Dr Sabatho Nyamsenda, et le journaliste tanzanien Hamisi Iddi Hamisi, ont analysé pour Anadolu l’héritage politique de Julius Nyerere, décédé le 14 octobre 1999, ainsi que la pertinence de ses idées dans l’Afrique contemporaine.

Né le 13 avril 1922 dans le village de Butiama, dans l’actuelle Tanzanie, Nyerere est passé de l’enseignement à la politique, jouant un rôle de premier plan dans l’indépendance de son pays du joug colonial britannique.

Fondateur, en 1954, de l’Union nationale africaine du Tanganyika (TANU), Nyerere est devenu le premier Premier ministre du pays après l’indépendance du Tanganyika, le 9 décembre 1961.

Élu président en 1962, il est devenu le premier chef de l’État de la République-Unie de Tanzanie, créée en 1964 à la suite de l’union du Tanganyika et de Zanzibar. Il a occupé cette fonction jusqu’en 1985.

Connu sous le titre de « Mwalimu », qui signifie « enseignant » en swahili, Nyerere a quitté volontairement la présidence en 1985.

« L’indépendance du Tanganyika n’avait aucun sens tant que le reste de l’Afrique n’était pas libre »

L’enseignant-chercheur de l’Université de Dar es Salaam, Dr Sabatho Nyamsenda, a souligné que le panafricanisme se trouvait au cœur du combat politique de Nyerere.

Après 1945, le mouvement panafricaniste poursuivait deux objectifs fondamentaux : libérer l’Afrique de la domination coloniale et parvenir à l’unité politique du continent, a expliqué Nyamsenda.

Il a souligné que Nyerere ne limitait pas son combat pour l’indépendance à la seule Tanzanie, déclarant :

« Dès que le Tanganyika a obtenu son indépendance en 1961, Nyerere a affirmé que celle-ci n’aurait aucun sens tant qu’un seul centimètre carré de l’Afrique resterait sous domination coloniale. »

Dans cette perspective, Nyerere a fait de la Tanzanie l’un des principaux centres des mouvements de libération en Afrique, a indiqué Dr Sabatho Nyamsenda.

Il a notamment rappelé que la Tanzanie avait accueilli des organisations telles que le Congrès national africain (ANC), engagé dans la lutte contre le régime raciste de l’apartheid en Afrique du Sud, le Front de libération du Mozambique (FRELIMO) et le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA).

Ces mouvements ont pu poursuivre leurs activités en Tanzanie à une époque où ils étaient interdits dans leurs pays respectifs.

« Ces organisations ont été accueillies en Tanzanie. Elles ont bénéficié de la formation militaire et d’autres moyens nécessaires à leurs luttes pour l’indépendance », a rappelé Nyamsenda.

- « L’objectif fondamental de Nyerere était une Afrique unie »

Rappelant que Nyerere figurait parmi les dirigeants fondateurs de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), créée en 1963, Dr Sabatho Nyamsenda a affirmé que son objectif principal était l’unification des pays africains au sein d’une seule entité politique.

Nyerere et le premier président du Ghana, Kwame Nkrumah, défendaient l’idée d’une Afrique unie. Après l’échec du projet visant à faire du continent un seul État, l’OUA a été créée, a-t-il expliqué.

Nyamsenda a souligné que l’héritage politique de Nyerere ne pouvait se limiter à son rôle dans la création de cette organisation.

« Son rôle fondamental était de défendre l’unification politique de l’Afrique. Il croyait que le continent ne pourrait avoir un avenir solide sur la scène politique mondiale sans s’unir au sein d’un seul État », a-t-il déclaré.

Selon lui, les intérêts nationaux des dirigeants politiques constituent aujourd’hui l’un des principaux obstacles à l’intégration africaine.

Nyamsenda a toutefois estimé que les peuples et les jeunes générations représentaient le principal espoir pour l’unité du continent, rappelant que le panafricanisme était historiquement issu des mouvements populaires.

« Aujourd’hui, nous voyons des jeunes qui veulent le changement en Afrique. Le panafricanisme est né dans les rues et au sein de la diaspora. Dans le cadre de la deuxième libération de l’Afrique, les jeunes doivent se réapproprier cette pensée », a-t-il affirmé.

- « Nyerere a uni les différents groupes ethniques autour d’une identité tanzanienne commune »

Le journaliste tanzanien Hamisi Iddi Hamisi, installé à Istanbul, a également souligné le rôle majeur de Nyerere dans l’indépendance du pays, ainsi que dans le renforcement de l’unité nationale et de la solidarité sociale.

La Tanzanie compte plus de 120 groupes ethniques. Nyerere cherchait à rassembler des communautés aux langues, religions et cultures différentes autour d’une identité nationale commune, a expliqué Hamisi.

« Nyerere a défendu l’idée que nous étions tous Tanzaniens sans nier nos différences. Cette approche a largement contribué à renforcer l’unité entre les groupes ethniques et à prévenir les conflits internes », a-t-il déclaré.

Évoquant également l’« Ujamaa », la conception du socialisme africain défendue par Nyerere, Hamisi a expliqué que cette politique visait à réduire les inégalités, à généraliser l’accès à l’éducation et à construire une société fondée sur la solidarité.

Hamisi Iddi Hamisi a souligné que Nyerere associait le développement social à l’éducation, à la prospérité économique et à l’unité, trois éléments considérés comme déterminants pour le développement du pays.

- « Les idées de Nyerere sur l’indépendance économique et la solidarité restent pertinentes »

Hamisi a rappelé que Nyerere défendait le renforcement de la coopération économique, politique et diplomatique entre les pays africains, estimant que cette vision demeurait d’actualité.

Les pays africains continuent de se heurter à divers obstacles à l’intégration continentale, malgré l’acquisition de leur indépendance, a-t-il souligné.

« Aujourd’hui, il peut même être difficile de voyager d’un pays africain à un autre. Nyerere souhaitait que les pays africains devenus indépendants établissent des relations plus solides dans les domaines économique, politique, éducatif et diplomatique », a-t-il déclaré.

Soulignant que les pays africains développaient leurs relations commerciales avec des États situés hors du continent, Hamisi Iddi Hamisi a insisté sur la nécessité de renforcer également les échanges commerciaux intra-africains.

« L’avenir de l’Afrique dépend de la bonne gestion de ses ressources naturelles, des investissements dans l’éducation et de l’établissement d’une véritable coopération entre les pays », a-t-il estimé.

Hamisi a enfin affirmé que les idées de Nyerere pouvaient continuer à guider les jeunes générations africaines, soulignant que l’utilisation efficace des ressources du continent et le renforcement de la solidarité entre les pays étaient essentiels au développement de l’Afrique.

*Traduit du turc par Sanaa Amir

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