- Renault Group a conclu un accord avec le groupe belge Dumarey pour la cession de la société Alpine Racing SAS, qui exploite le site de Viry-Châtillon, en région parisienne, selon les informations communiquées par les deux groupes
AA/Istanbul /Sanaa Amir
La cession du site Alpine Racing de Viry-Châtillon, dans l’Essonne, au groupe belge d’ingénierie Dumarey doit permettre la reprise de l’ensemble des quelque 150 salariés encore présents, dans un contexte marqué par l’arrêt du programme de moteurs de Formule 1 et les incertitudes entourant la reconversion du site.
Renault Group a conclu un accord avec le groupe belge Dumarey pour la cession de la société Alpine Racing SAS, qui exploite le site de Viry-Châtillon, en région parisienne, selon les informations communiquées par les deux groupes. Présenté aux représentants du personnel lors d’un comité social et économique (CSE) extraordinaire le 22 octobre 2026, le projet prévoit la reprise de l’ensemble des effectifs ainsi que des actifs matériels et immatériels nécessaires à la poursuite des activités.
La transaction, dont la finalisation est prévue à la fin de l’année, marque le départ de Renault de ce site historiquement consacré au développement de moteurs de compétition. Pour les quelque 150 salariés encore présents, elle ouvre une nouvelle étape après plusieurs années de réorganisation et d’incertitudes sur l’avenir de leurs activités.
Selon Le Journal de l’Automobile, la cession intervient après une période durant laquelle les perspectives de reconversion du site ont peiné à se concrétiser. Le projet porté par Dumarey entend renouer avec les compétences historiques de Viry-Châtillon dans l’ingénierie de compétition, tout en s’appuyant sur son expertise dans les technologies hybrides et électriques.
- Un retour vers l’ingénierie de compétition
Le groupe belge, spécialisé notamment dans les moteurs, les systèmes de stockage d’énergie et les prestations d’ingénierie, souhaite développer davantage ses activités dans le sport automobile. Il entend mobiliser les compétences des équipes de Viry-Châtillon en matière de propulsion hybride et électrique, de simulation, de logiciels et d’essais.
L’objectif est notamment de valoriser l’expérience acquise en Formule 1 au service d’autres écuries de course automobile. « Notre ambition est de préserver et de développer davantage cette expertise exceptionnelle en ingénierie tout en créant de nouvelles opportunités de croissance », a déclaré Guido Dumarey, président et fondateur du groupe, dans le communiqué commun.
La reprise annoncée de l’ensemble des salariés constitue un élément central du projet. Toutefois, les informations communiquées ne précisent pas les conditions détaillées de maintien des emplois à plus long terme ni les investissements prévus pour assurer la pérennité du site.
Cette opération intervient alors que Dumarey a récemment annoncé l’arrêt de plusieurs activités industrielles en France, un précédent qui soulève des interrogations sur les perspectives du site de Viry-Châtillon, même si les activités d’ingénierie envisagées sont différentes de celles de ses usines de production.
- La fin des moteurs de Formule 1 à l’origine de la réorganisation
Le site de Viry-Châtillon a longtemps constitué l’un des centres majeurs de développement des moteurs de compétition de Renault. Son activité a été profondément bouleversée le 30 septembre 2024, lorsque le constructeur français a annoncé l’abandon de son programme de motorisation en Formule 1 à l’issue de la saison 2025.
Renault prévoyait alors de recourir à des moteurs Mercedes, avec une économie estimée à environ 120 millions d’euros par an. Cette décision a remis en question le rôle historique du site, dont le savoir-faire s’était développé sur près d’un demi-siècle.
Pour préserver les compétences et offrir de nouvelles perspectives aux équipes, le groupe avait annoncé la création d’Hypertech Alpine. Ce centre devait notamment participer au développement d’une future supercar, travailler sur les batteries destinées aux voitures sportives de la marque et explorer de nouvelles technologies, dont les batteries solides et les moteurs électriques à hautes performances.
Mais les débouchés annoncés ont tardé à se concrétiser. Dans ses publications consacrées au secteur automobile, Le Journal de l’Automobile a fait état des difficultés rencontrées par le projet de reconversion, dans un contexte de réduction des effectifs et d’incertitudes sur les activités appelées à remplacer le programme de Formule 1.
- Une reconversion fragilisée par les difficultés industrielles
En février 2026, le maire de Viry-Châtillon, Jean-Marie Vilain, avait accusé Renault de revenir sur ses engagements, notamment dans le domaine de l’hydrogène. Des représentants des salariés avaient également signalé des départs vers d’autres écuries automobiles, faisant craindre une dispersion des compétences techniques que le projet de reconversion devait préserver.
En mars, Le Journal de l’Automobile rapportait que les activités annoncées peinaient encore à prendre forme. Selon la CGT, des investissements dans l’hydrogène et l’endurance avaient été arrêtés.
Les difficultés rencontrées par Hyvia, la filiale de Renault spécialisée dans l’hydrogène, ont également pesé sur les perspectives industrielles du groupe. L’entreprise a été placée en liquidation judiciaire en février 2026.
Parallèlement, un plan de rupture conventionnelle collective annoncé le même mois devait ramener les effectifs de Viry-Châtillon à moins de 150 personnes dans l’année. Le site comptait près de 350 salariés au moment de l’annonce de l’arrêt du programme de moteurs de Formule 1.
La cession à Dumarey apparaît ainsi comme une nouvelle tentative de préserver les compétences restantes, en confiant le site à un groupe dont le projet est davantage orienté vers les prestations d’ingénierie et le sport automobile.
- Les précédents français de Dumarey alimentent les interrogations
Le parcours récent du groupe belge en France constitue un autre élément du contexte. En janvier 2026, Dumarey Powerglide a annoncé la fermeture de son usine de Strasbourg, qui comptait alors environ 320 emplois restants. Ancienne usine General Motors spécialisée dans les transmissions automatiques, le site avait déjà subi des réductions d’effectifs et perdu un contrat avec l’équipementier ZF.
Le groupe a également annoncé l’arrêt de son usine d’Andrézieux-Bouthéon, dans la Loire, reprise à ZF en 2023. Le site, spécialisé dans les boîtes de vitesses pour poids lourds et autocars, employait environ 260 personnes.
Ces précédents suscitent des interrogations sur la capacité de Dumarey à assurer durablement l’activité de Viry-Châtillon. Les situations restent néanmoins différentes : contrairement aux sites industriels concernés par les annonces de fermeture, Viry-Châtillon doit être orienté vers l’ingénierie de compétition et la valorisation de compétences techniques spécialisées.
Pour les salariés, la reprise annoncée offre donc une perspective immédiate de continuité, sans lever toutes les incertitudes concernant les futurs programmes, les investissements et la stabilité de l’activité.
La cession doit être finalisée à la fin de l’année 2026. D’ici là, les conditions concrètes de la reprise et les engagements de Dumarey seront déterminants pour apprécier les perspectives du site, longtemps associé à l’histoire des moteurs Renault en Formule 1.
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