- « L’État a la possibilité d’interdire des manifestations lorsque ces manifestations sont susceptibles de causer d’importants troubles à l’ordre public », a déclaré la porte-parole du gouvernement français
AA / Istanbul / Sanaa Amir
La porte-parole du gouvernement français, Maud Bregeon, a assuré jeudi que les interdictions de manifester envisagées ou prononcées dans plusieurs villes du pays s’inscrivaient dans le cadre de « l’État de droit », invoquant la nécessité de prévenir de nouveaux troubles à l’ordre public après les violences survenues lors des manifestations du 17 octobre.
« L’État a la possibilité d’interdire des manifestations lorsque ces manifestations sont susceptibles de causer d’importants troubles à l’ordre public », a déclaré Maud Bregeon lors du compte rendu du Conseil des ministres et du point de presse qui a suivi.
« C’est ce que nous allons faire partout où c’est nécessaire », a-t-elle ajouté, précisant que ces décisions s’appuieraient sur des éléments factuels et juridiques susceptibles d’être présentés pour les justifier.
La porte-parole a également rappelé que les arrêtés d’interdiction pouvaient faire l’objet de recours devant le tribunal administratif. « Le tribunal administratif juge en droit », a-t-elle souligné, estimant que les mesures envisagées relevaient du cadre légal applicable aux manifestations.
Selon elle, la liberté de manifester, essentielle dans une démocratie, doit être conciliée avec le droit de chacun à circuler librement et à vivre en sécurité dans sa ville.
- Des manifestations encadrées autorisées au cas par cas
Interrogée sur les restrictions annoncées pour samedi, notamment sur la possibilité pour les syndicats étudiants, lycéens et professionnels d’organiser des rassemblements, Maud Bregeon a indiqué que les décisions seraient examinées au cas par cas, en concertation avec les préfets.
Elle a précisé que les manifestations légalement déclarées, organisées et encadrées, notamment par des organisations syndicales, et dont les parcours permettraient de préserver les centres-villes et les commerces, seraient autorisées « autant que possible ».
« L’objectif, c’est de permettre, partout où c’est possible, des manifestations, encore une fois, légales, encadrées, qui ne contreviennent pas à la liberté et à la sécurité des biens et des personnes », a-t-elle expliqué.
La porte-parole a justifié ces restrictions par la nécessité d’éviter une répétition des violences et des pillages observés lors des précédentes mobilisations.
Elle a notamment évoqué les dégradations subies par des commerces dans plusieurs grandes agglomérations, assurant que le gouvernement accompagnerait les commerçants dans la reconstruction de leurs établissements et la reconstitution de leurs stocks.
Face aux critiques dénonçant un risque d’atteinte aux libertés publiques, Maud Bregeon a estimé que l’exécutif devait répondre aux inquiétudes suscitées par les événements du week-end précédent.
« Notre devoir, c’est de les protéger, c’est de protéger, encore une fois, les commerçants, de protéger les habitants », a-t-elle affirmé, ajoutant qu’il n’était pas acceptable de prendre le risque de voir les mêmes scènes se reproduire.
- Un dispositif de sécurité renforcé
Maud Bregeon a par ailleurs annoncé une augmentation du nombre de forces de l’ordre mobilisées pour les prochaines manifestations, sans communiquer de chiffres précis sur les effectifs déployés.
La porte-parole a indiqué que la protection des commerces et des centres-villes ferait l’objet d’une attention particulière, à la lumière des violences et des pillages qui ont marqué les rassemblements du 17 octobre.
Interrogée sur la possibilité de garantir que de tels incidents ne se reproduiraient pas, elle a assuré que le gouvernement prenait toutes les mesures nécessaires pour prévenir de nouveaux débordements.
Au cours des échanges avec les journalistes, elle a également défendu l’action des forces de sécurité intérieure, rappelant que des policiers, des gendarmes, des pompiers et des personnels de l’Éducation nationale avaient été blessés lors des événements récents.
- Le gouvernement rejette les accusations d’instrumentalisation des services de renseignement
La conférence de presse a également été marquée par des questions sur les accusations portées par l’exécutif contre La France insoumise (LFI), à laquelle des responsables gouvernementaux ont imputé une responsabilité dans les tensions et les violences entourant les mobilisations.
Un journaliste a interrogé Maud Bregeon sur les éléments matériels permettant d’établir un lien entre le parti et l’organisation des violences, évoquant notamment les déclarations de la procureure de Paris et des informations de presse faisant état de contestations au sein des services de renseignement.
La porte-parole a mis en avant la présence de groupes d’ultragauche et de personnes radicalisées parmi les participants aux manifestations, tout en dénonçant les actes de pillage et les dégradations.
Elle a toutefois rejeté les accusations selon lesquelles le gouvernement aurait manipulé les services de renseignement à des fins politiques.
« Le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur n’instrumentalisent pas les services de renseignement », a-t-elle déclaré, affirmant que les informations publiées à ce sujet étaient contestées par l’exécutif.
Maud Bregeon a également souligné que les services de renseignement disposaient de moyens budgétaires, matériels et humains renforcés ces dernières années, notamment pour lutter contre la radicalisation.
- Le retour au calme présenté comme un préalable au dialogue social
Interrogée sur les revendications à l’origine des mobilisations, notamment la vie chère et les difficultés rencontrées par les jeunes, la porte-parole a reconnu que les violences ne devaient pas occulter les préoccupations sociales.
Elle a notamment cité les revendications des lycéens, les difficultés des agriculteurs, la crise énergétique et les débats budgétaires en cours au Parlement.
« Le préalable à toute discussion, encore une fois, constructive, qui permette de faire avancer les choses sur les revendications lycéennes, sur les questions de pouvoir d’achat, sur les difficultés qu’encontrent nos agriculteurs, sur les questions budgétaires de tout ordre qui sont discutées en ce moment à l’Assemblée nationale, c’est le retour au calme », a-t-elle déclaré.
Maud Bregeon a également indiqué que des propositions concernant les revendications des lycéens devaient être présentées en début de semaine suivante par le ministre de l’Éducation nationale, à l’issue de consultations engagées avec les organisations concernées.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu devait, de son côté, recevoir des représentants des forces politiques à Matignon jeudi après-midi, après des échanges avec les organisations syndicales la veille. Selon la porte-parole, ces consultations visent notamment à favoriser une réponse politique aux violences et à permettre un retour à l’ordre public.
La porte-parole a ainsi défendu une approche reposant sur le rétablissement de l’ordre public, le renforcement de la sécurité et la poursuite du dialogue avec les acteurs politiques et sociaux, alors que les autorités se préparent à de nouvelles mobilisations contre la vie chère.
Enfin, concernant la stratégie énergétique française, Maud Bregeon a souligné que la réponse devait être à la fois nationale et européenne. Elle a notamment évoqué les discussions sur les stocks de gaz et les réserves stratégiques, ainsi que les démarches engagées par le président Emmanuel Macron pour sécuriser des volumes de carburant, en particulier de diesel, afin de limiter les risques de pénurie durant l’hiver.
Vie & Développement

