- Depuis le début du mouvement, 150 membres du personnel de l’Éducation nationale ont été blessés, selon les informations rapportées par franceinfo. À Nancy, un proviseur a par ailleurs été placé sous protection jeudi après avoir reçu des menaces
AA / Istanbul / Sanaa Amir
Les proviseurs français, confrontés depuis près de quatre semaines aux blocages, aux tensions et aux violences liés à la mobilisation lycéenne, expriment leur épuisement physique et psychologique.
Le principal syndicat des chefs d’établissement, le Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN-Unsa), a appelé à une fermeture symbolique des bureaux jeudi 15 octobre à partir de 13 heures, selon franceinfo.
Baptisée « Rideau ! », cette opération vise à alerter sur les conditions de travail des chefs d’établissement et à dénoncer leur exposition aux tensions sur le terrain. À travers cette mobilisation, le syndicat entend également exprimer leur refus de devenir les boucs émissaires de la colère des lycéens.
Depuis le début du mouvement, 150 membres du personnel de l’Éducation nationale ont été blessés, selon les informations rapportées par franceinfo. À Nancy, un proviseur a par ailleurs été placé sous protection jeudi après avoir reçu des menaces.
Dans l’académie de Nantes, une proviseure témoigne auprès de franceinfo d’un quotidien marqué par une pression constante. Elle se dit « épuisée, fatiguée physiquement […] et nerveusement aussi » et explique arriver chaque jour à l’aube pour anticiper et gérer les blocages.
Au-delà des difficultés liées à la mobilisation des élèves, elle doit également faire face à la présence de personnes extérieures à son établissement, susceptibles de provoquer des dégradations ou de tenter de s’introduire dans les locaux. Une situation qui l’oblige à maintenir un niveau de vigilance élevé et qui accentue sa fatigue psychologique.
À ces responsabilités s’ajoutent les tâches administratives habituelles, devenues plus difficiles à assurer dans ce contexte. Après avoir passé une partie de la matinée à gérer la situation devant le lycée, la proviseure rejoint son bureau avec un important retard de travail.
« On arrive, on a 200 mails en attente dans notre boîte mail. On n’est pas disponible intellectuellement pour traiter d’autres dossiers », confie-t-elle à franceinfo.
La cheffe d’établissement doit également gérer les conséquences du piratage informatique dont a été victime l’Éducation nationale, un problème qui n’était toujours pas résolu au moment de son témoignage. Elle décrit une période « éreintante », marquée par le stress et le sentiment d’isolement, tout en soulignant le décalage entre les difficultés rencontrées sur le terrain et les réponses apportées par le ministère.
- Une reprise progressive des cours
Les conséquences de la mobilisation se font également sentir dans le fonctionnement des établissements scolaires. Dans le lycée de cette derniére, les cours reprennent progressivement après deux journées d’enseignement à distance la semaine précédente.
Jeudi, les élèves ont de nouveau été accueillis en classe, mais leur présence reste inégale. Certaines classes enregistrent un absentéisme plus important, tandis que des élèves sont déjà en situation de décrochage scolaire ou risquent de le devenir.
La proviseure souligne la nécessité de les accompagner pour favoriser leur retour en classe et éviter que les perturbations ne compromettent davantage leur scolarité.
Après plusieurs semaines sous pression, elle attend les vacances avec impatience. Elle espère pouvoir se reposer, rattraper son retard professionnel et retrouver une vie personnelle largement mise entre parenthèses depuis le début du mouvement, même si quelques permanences restent prévues pendant cette période.
Vie & Développement

