- Le syndicat appelle à mettre fin à ce qu'il qualifie de « brutalisation » du mouvement social des lycéens et critique une dépêche du ministère de la Justice appelant les parquets à la « plus grande fermeté »
AA / Istanbul / Mariem Njeh
Le Syndicat de la magistrature (SM) a dénoncé, dans un communiqué daté du 2 octobre, la réponse du gouvernement au mouvement de contestation des lycéens, qu'il décrit comme d'une ampleur notable depuis le début de la semaine.
Selon le syndicat, les lycéens expriment leur colère face à l'état de délabrement du service public de l'éducation. Le SM relie ce mouvement à la présentation par le gouvernement de son « ultime budget », qui, selon lui, sacrifie les services publics. Il évoque l'annonce d'une coupe de 54 milliards et d'une baisse du nombre de fonctionnaires pour 2027, qui s'ajouteraient, selon lui, à la suppression de 4 000 postes d'enseignants intervenue à la rentrée 2026.
- « Une réponse brutale »
Le SM estime que le gouvernement a fait « le choix d'une réponse brutale » et que la stratégie de maintien de l'ordre n'a pas été adaptée à la « particulière vulnérabilité » d'un mouvement composé, selon lui, essentiellement d'enfants, dont la protection « ne peut pas être à géométrie variable ». Il affirme que l'ensemble des outils répressifs habituels est mobilisé, citant des vidéos qui circuleraient : gazage d'élèves, interpellations brutales, utilisation de LBD et de grenades explosives, qu'il qualifie d'« armes sublétales mutilantes ». Il juge ces usages « manifestement disproportionnés » et affirme qu'ils touchent « d'abord et avant tout » les jeunes racisés issus des quartiers populaires.
Le syndicat rappelle que le ministre de l'Éducation a dressé mercredi un bilan de 119 élèves et personnels blessés depuis vendredi dernier, et que plusieurs saisines de l'IGPN sont déjà intervenues. Il reproche au ministre de l'Intérieur de ne pas avancer de stratégie d'apaisement et de désescalade.
Le SM critique également le ministère de la Justice, qui a publié mardi une dépêche ministérielle enjoignant les procureurs « à faire preuve de la plus grande fermeté ». Selon le syndicat, elle vise les cas de « participation à un groupement en vue de la préparation de violences ou dégradations » et de « participation à une manifestation en étant porteur d'une arme ». Le SM rappelle avoir dénoncé à plusieurs reprises le caractère, selon lui, « excessivement flou et arbitraire » de ces infractions.
Le syndicat considère que cette instruction fait primer le « tout-répressif » et qu'il n'y est à aucun moment envisagé de privilégier des réponses éducatives, comme l'imposeraient, selon lui, la Constitution, les traités internationaux et la loi. Il estime que ces réponses auraient d'autant plus de sens dans un contexte de revendication sociale.
Le mouvement lycéen en France depuis fin septembre s’est accompagné de nombreuses fermetures d’établissements, de plus d’un millier d’interpellations et de plusieurs blessés parmi les élèves, les personnels scolaires et les forces de l’ordre. Des incendies volontaires, jets de projectiles et dégradations ont également été signalés, entraînant dans certains cas la fermeture temporaire d’établissements.
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