- Le rendement des obligations françaises à dix ans a grimpé à 5,142 %, un record depuis 2002, alors que l'écart avec les titres allemands atteint son plus haut niveau depuis la crise de la dette en zone euro, sur fond d'incertitudes budgétaires
BERLIN (AA)
La prime de risque exigée par les investisseurs pour détenir des obligations souveraines françaises a atteint son plus haut niveau depuis la crise de la dette de la zone euro, sur fond d'incertitudes budgétaires, d'instabilité politique et de tensions sociales en France.
Le rendement des obligations françaises à dix ans a grimpé jusqu'à 5,142 %, un niveau inédit depuis 2002, tandis que l'écart avec les titres allemands de même maturité s'est creusé à 173,58 points de base, son plus haut niveau depuis novembre 2011.
À 16h50 le rendement de l'emprunt français à dix ans progressait de 10,5 points de base, évoluant au-dessus de 5,07 %.
Cette envolée contraste avec le repli des rendements obligataires américains et allemands, les investisseurs privilégiant les actifs considérés comme des valeurs refuges face aux incertitudes entourant les finances publiques françaises.
Le rendement du Bund allemand à dix ans a ainsi reculé de quatre points de base, à 3,38 %.
Les tensions se sont également propagées à d'autres marchés obligataires de la zone euro. Les écarts de rendement avec l'Allemagne ont atteint 111,28 points de base pour la Belgique, 123 points pour l'Italie, 71 points pour l'Espagne et 102 points pour la Grèce.
L'instabilité politique et les tensions sociales alimentent la défiance des marchés
La hausse des coûts d'emprunt français intervient alors que le gouvernement, fragilisé par les divisions politiques, peine à réunir une majorité parlementaire autour des réformes destinées à réduire le déficit budgétaire.
Les inquiétudes concernant l'adoption du budget, conjuguées à la poursuite des manifestations contre la vie chère et le système éducatif, ont accentué la nervosité des investisseurs.
Des violences et des pillages survenus en marge de certaines mobilisations ont également contribué à détériorer le climat de confiance.
À ces tensions s'ajoute l'incertitude entourant l'élection présidentielle prévue en avril prochain.
La progression dans les sondages de la dirigeante d'extrême droite Marine Le Pen et de la figure de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon suscite des interrogations parmi les analystes quant à la poursuite des efforts d'assainissement des finances publiques.
Fin février, le coût d'emprunt de la France se situait encore autour de 3,2 %. Depuis, la guerre au Moyen-Orient et ses répercussions sur les prix de l'énergie ont ravivé les craintes inflationnistes, accentuant la pression sur les économies fortement endettées.
Parmi les pays du G7, la France a enregistré les tensions les plus marquées sur son marché obligataire.
La hausse des prix de l'énergie et le maintien d'une orientation restrictive des banques centrales continuent de peser sur les obligations souveraines des pays présentant un endettement élevé.
La crise budgétaire française pourrait modifier la trajectoire monétaire de la BCE
Les marchés financiers tournent désormais leur attention vers la réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE), prévue le 29 octobre.
Selon les analystes, les turbulences sur le marché obligataire français pourraient conduire l'institution monétaire à revoir sa stratégie, malgré les pressions inflationnistes persistantes.
Dans une analyse publiée sur le sujet, Carsten Brzeski, économiste en chef d'ING Allemagne, estime que les données macroéconomiques justifieraient, dans des circonstances normales, une nouvelle hausse des taux directeurs.
Toutefois, la forte augmentation des rendements obligataires français produit déjà, selon lui, un effet de resserrement des conditions financières équivalant à une hausse des taux de 25 à 50 points de base.
En d'autres termes, le marché obligataire exerce lui-même une partie du resserrement monétaire que la BCE aurait autrement dû mettre en œuvre, contribuant ainsi à freiner l'activité économique et l'inflation.
Brzeski anticipe un maintien des taux directeurs lors de la réunion du 29 octobre, la BCE pouvant reporter toute nouvelle décision à décembre, lorsque ses projections économiques actualisées seront disponibles.
Il souligne que l'évolution de la politique monétaire dépendra notamment des conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur les prix de l'énergie et de la capacité des autorités françaises à apporter une réponse à la crise budgétaire.
- Trois lignes de défense possibles pour la BCE
Selon Carsten Brzeski, la BCE dispose de trois lignes de défense si les tensions sur la dette française devaient se propager à l'ensemble de la zone euro.
La première consisterait à adopter une position plus accommodante, en évitant de nouvelles hausses agressives des taux d'intérêt, compte tenu du ralentissement économique susceptible de résulter de l'augmentation des rendements obligataires.
Dans un deuxième temps, la BCE pourrait suspendre temporairement le resserrement monétaire et réorienter de manière flexible le réinvestissement des remboursements de principal des obligations arrivant à échéance.
Enfin, en cas de contagion à d'autres pays membres, l'institution pourrait envisager d'activer son Instrument de protection de la transmission (TPI), destiné à limiter les tensions injustifiées sur les marchés obligataires.
La France pourrait toutefois être exclue de ce dispositif si elle ne remplissait pas les critères d'éligibilité requis.
L'économiste d'ING ne s'attend pas à une intervention concrète de la BCE lors de sa prochaine réunion.
Il estime néanmoins que les déclarations de la présidente de l'institution, Christine Lagarde, concernant la situation budgétaire française et les turbulences obligataires seront déterminantes pour l'orientation des marchés financiers.
*Traduit du turc par Wafae El Baghouani
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