- Victime d'attaques racistes répétées en Bretagne, l'avocat de l'artisane annonce deux nouvelles plaintes et dénonce l'inaction des institutions.

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France : la crêpière Joëlle Dambo contre-attaque face au déchaînement raciste

AA / Paris / Ümit Dönmez

Joëlle Dambo, artisane crêpière française installée à Gomené, dans les Côtes-d'Armor, a annoncé le dépôt de deux nouvelles plaintes après plus d'un an d'attaques racistes et de cyberharcèlement, dénonçant, avec son avocat Vincent Brengarth, l'insuffisance de la réponse judiciaire et l'attitude des autorités locales face aux violences dont elle affirme être victime.

La restauratrice et son conseil ont détaillé, jeudi 15 octobre, lors d'une conférence de presse à Paris à laquelle Anadolu a assisté, les démarches judiciaires engagées deux jours auparavant, tout en revenant sur les répercussions personnelles, professionnelles et économiques d'un harcèlement qui se poursuit, selon eux, quotidiennement.

Joëlle Dambo, gérante de la Crêperie des Légendes, affirme être visée depuis mai 2025 par une multiplication de commentaires racistes, notamment sur les réseaux sociaux, dont l'intensité aurait augmenté à mesure que ses compétences professionnelles étaient reconnues à travers des concours culinaires.

« La Bretagne est une terre de race blanche », « Tu es un singe », « Rends les crêpes » ou encore « Rentre dans ton pays à la nage » figurent parmi les propos rapportés par son avocat pour illustrer la nature des attaques.

Vincent Brengarth a indiqué que deux plaintes avaient été déposées le 13 octobre 2026. La première vise des faits de harcèlement public en ligne, de provocation à la haine et d'injures à caractère raciste. La seconde, pour dénonciation calomnieuse, concerne des démarches judiciaires entreprises par le maire de Gomené, Mickaël Leveau, contre la restauratrice.

L'avocat a demandé au parquet compétent en matière de haine en ligne à Paris d'engager rapidement des investigations afin d'identifier les auteurs des publications et de déterminer les responsabilités individuelles.

- Des distinctions culinaires suivies d'une multiplication des attaques

Joëlle Dambo estime que sa réussite professionnelle constitue l'un des éléments déclencheurs de la campagne de haine.

La crêpière, distinguée à l'occasion de concours culinaires, notamment à travers une compétition télévisée diffusée en juin 2026, affirme que ses récompenses ont suscité des réactions racistes remettant en cause sa légitimité à représenter une tradition culinaire bretonne.

« Tout au long de ma vie, ma couleur de peau n'a jamais été un sujet. Je n'ai donc pas à m'intégrer car je suis française à part entière, la France est mon pays », a-t-elle déclaré devant les journalistes.

La restauratrice a expliqué que les attaques visaient non seulement sa personne, mais également son identité française, sa place en Bretagne et son droit à exercer son métier.

« Ce n'est pas à eux, ni à la haine de décréter qui a le droit d'être breton, qui a le droit de représenter une spécialité culinaire de son pays », a-t-elle affirmé.

Son avocat a souligné la dimension particulière de cette affaire, dans laquelle les compétences d'une femme noire exerçant un métier associé au patrimoine culturel breton semblent contestées par certains internautes en raison de sa couleur de peau.

Interrogé sur les commentaires figurant dans la plainte, Vincent Brengarth a notamment cité un message évoquant une préférence pour la « farine blanche tamisée », y voyant une allusion raciste à peine dissimulée.

Il a estimé qu'une partie des attaques traduisait une volonté d'exclure sa cliente d'une activité professionnelle pourtant ouverte à tous.

- Des violences dénoncées jusque dans son établissement

Le harcèlement décrit par Joëlle Dambo ne se limite pas à Internet.

La restauratrice a rapporté avoir subi ou constaté plusieurs actes racistes dans son environnement immédiat, notamment des jets de crêpes au visage, des cris de singe à l'intérieur de son établissement et des slogans racistes scandés devant sa crêperie.

Elle a également évoqué des jets de pierres, dont l'un aurait atteint la fenêtre d'une voisine noire, ainsi que la destruction de pancartes antiracistes.

« Je subis des vagues de haine en ligne, des raids numériques orchestrés par des internautes cachés derrière leurs écrans », a-t-elle dénoncé.

Joëlle Dambo considère que ces agressions participent d'un même climat d'hostilité, nourri à la fois par certains internautes et par des tensions au sein de sa commune.

La commerçante a assuré que plusieurs auteurs présumés étaient identifiables, certains vivant dans les environs de son établissement.

Interrogée sur la persistance des attaques, elle a confirmé avoir reçu un nouveau commentaire raciste sur Facebook environ une demi-heure avant son arrivée à la conférence de presse.

La restauratrice a également indiqué que son époux, présent lors de la rencontre avec les journalistes, subissait les conséquences de cette atmosphère hostile.

- Une première plainte déposée en juillet, sans résultats connus

L'annonce des deux nouvelles plaintes intervient alors qu'une première procédure judiciaire était déjà engagée.

Interrogé par Anadolu sur les lenteurs reprochées à la justice et sur le caractère éventuellement plus général de ces difficultés dans les affaires de harcèlement raciste, Vincent Brengarth a rappelé qu'une première plainte avait été déposée le 9 juillet.

Cette plainte concernait des publications spécifiquement identifiées comportant des propos à caractère raciste et des provocations à la haine, sans englober l'ensemble du harcèlement dénoncé.

L'avocat a confirmé qu'une enquête avait été ouverte, mais a précisé ne disposer d'aucune information sur les éventuelles auditions ou mises en cause de personnes soupçonnées d'être à l'origine des messages.

Il a regretté que nombre de publications soient toujours accessibles sur les réseaux sociaux, malgré leur signalement aux autorités.

Vincent Brengarth a estimé que la justice disposait, dans certaines situations, de moyens d'intervention plus rapides, notamment lorsqu'une infraction flagrante était caractérisée.

« On a vu d'autres cas dans lesquels la justice, lorsqu'elle estimait qu'il y avait une situation de flagrance, utilisait d'autres moyens », a-t-il déclaré en réponse à Anadolu.

L'avocat a également insisté sur la portée de la nouvelle plainte, destinée à faire reconnaître l'existence d'un phénomène de harcèlement collectif plutôt que de traiter séparément chaque publication.

Il a expliqué que des internautes ne publiant qu'un seul commentaire pouvaient, sous certaines conditions, participer à un harcèlement lorsqu'ils intervenaient dans une succession d'attaques dirigées contre la même personne.

La défense considère ainsi que la répétition et l'accumulation des messages constituent des éléments essentiels à prendre en compte dans les investigations.

- Près d'une centaine de personnes potentiellement concernées

La question de l'identification des auteurs a également été abordée pendant les échanges avec les journalistes.

Vincent Brengarth a expliqué que certains commentaires provenaient de comptes utilisant les véritables noms de leurs titulaires, tandis que d'autres avaient été publiés sous pseudonyme.

L'avocat a rappelé que les réquisitions judiciaires auprès des plateformes numériques et des opérateurs pouvaient permettre de retrouver l'identité de personnes utilisant des comptes anonymes.

Interrogé sur le nombre d'individus susceptibles d'être concernés par les investigations, il a évoqué « peut-être sur une petite centaine », tout en soulignant qu'il était difficile de déterminer précisément leur nombre.

Questionné par Anadolu sur la possibilité que certaines attaques proviennent de comptes automatisés, ou « bots », il a indiqué ne disposer d'aucun élément technique permettant de confirmer cette hypothèse.

Joëlle Dambo a également reconnu ne pas être en mesure d'identifier les mécanismes techniques à l'origine de chaque attaque.

Elle a néanmoins insisté sur le caractère répété et quotidien des messages, estimant qu'il revenait désormais à la justice d'en déterminer les auteurs.

- Les autorités locales accusées d'inaction

La question de la responsabilité des institutions publiques a constitué un autre axe majeur de la conférence de presse.

Joëlle Dambo a affirmé avoir alerté plusieurs élus et responsables institutionnels, notamment le maire de Gomené, un député et le président de la communauté de communes.

Elle leur reproche de ne pas avoir apporté de réponse suffisamment ferme aux attaques racistes dénoncées, malgré ses démarches répétées.

« Quand des élus de la République se taisent face au racisme, c'est une démission morale », a-t-elle déclaré.

La restauratrice considère que les appels à l'apaisement formulés au niveau local ont parfois contribué à détourner l'attention des violences dont elle affirme être victime, pour la présenter comme responsable des tensions dans la commune.

Elle a notamment dénoncé l'organisation d'une réunion publique de soutien au maire, qu'elle considère comme une manifestation supplémentaire de son isolement.

Interrogée sur les raisons pour lesquelles elle évoquait un silence institutionnel « complice » motivé par le calcul et le confort politique, elle a fait référence au contexte électoral et à la crainte supposée de certains élus de se confronter à une partie de leur électorat.

Vincent Brengarth a développé cette analyse, estimant que le climat politique actuel rendait désormais controversée une prise de position qui devrait, selon lui, relever d'un consensus républicain. L'avocat a déploré que la dénonciation du racisme puisse être perçue et attaquée comme une prise de position politique plutôt que comme une réaction à des comportements potentiellement répréhensibles pénalement.

- Une plainte visant le maire et d'autres démarches envisagées

La seconde plainte annoncée par la défense vise Mickaël Leveau, maire de Gomené, pour dénonciation calomnieuse.

Vincent Brengarth a expliqué que cette initiative faisait suite aux procédures engagées par l'élu contre Joëlle Dambo, qui ont conduit à l'audition de cette dernière par les enquêteurs.

L'avocat a précisé qu'une plainte pour diffamation déposée par le maire avait été classée sans suite, tout en évoquant la possibilité qu'une nouvelle démarche similaire ait été entreprise.

Il estime que cette situation illustre un « inversement des responsabilités », sa cliente ayant été entendue à la suite d'une plainte de l'élu alors que les auteurs des attaques racistes dénoncées n'auraient, à sa connaissance, pas encore fait l'objet de mesures comparables.

La défense a également fait état de plusieurs éléments concernant les relations entre la restauratrice et la municipalité, notamment l'opposition à un concours dont le prix devait être un voyage au Maroc et un message qui aurait été adressé à des habitants pour encourager un soutien au maire.

Les conditions exactes dans lesquelles ces événements se sont déroulés devront être établies indépendamment des affirmations présentées par les plaignants.

Interrogé sur la possibilité d'engager d'autres procédures concernant l'inaction présumée des autorités, notamment au regard de l'article 40 du Code de procédure pénale, Vincent Brengarth a indiqué que plusieurs options étaient à l'étude.

L'avocat a également évoqué d'éventuelles démarches administratives visant à examiner les responsabilités institutionnelles et les préjudices que sa cliente estime avoir subis.

Il a néanmoins souligné que la priorité immédiate consistait à obtenir une réaction judiciaire aux faits de cyberharcèlement raciste.

- Une activité économique fragilisée

La campagne de harcèlement dénoncée aurait également eu des conséquences sur l'activité commerciale de la Crêperie des Légendes.

Interrogée sur les répercussions économiques des attaques, Joëlle Dambo a expliqué que la clientèle locale, qu'elle avait progressivement réussi à fidéliser, avait commencé à se raréfier à mesure que les tensions s'amplifiaient.

La restauratrice a toutefois indiqué que des clients venus de communes plus éloignées se rendaient désormais dans son établissement, certains souhaitant lui manifester leur solidarité.

Les récompenses culinaires qu'elle a obtenues auraient normalement dû lui permettre de développer son activité et d'attirer de nouveaux clients.

Vincent Brengarth a souligné le paradoxe d'une reconnaissance professionnelle qui, selon lui, s'était accompagnée d'une intensification du harcèlement plutôt que d'une amélioration de la situation économique de sa cliente.

L'avocat a également évoqué des messages invitant implicitement ou explicitement Joëlle Dambo à cesser son activité ou à quitter son environnement pour échapper aux insultes.

Il a dénoncé cette logique consistant à demander à une personne ciblée par des comportements racistes de modifier sa vie plutôt qu'à leurs auteurs de mettre fin aux attaques.

La défense considère que ces pressions pourraient contribuer à dissuader la restauratrice de poursuivre son activité professionnelle, ce qui renforcerait la gravité des faits dénoncés.

- Refuser que les victimes soient contraintes au silence

Joëlle Dambo a insisté sur sa détermination à poursuivre son activité et à défendre ses droits, malgré les répercussions personnelles et professionnelles de cette affaire.

La restauratrice a affirmé vouloir donner à son combat une dimension dépassant sa situation individuelle.

« Cette plainte, c'est aussi pour tous ceux qui subissent ces attaques racistes en silence sur Internet ou ailleurs et j'espère aussi être leur voix aujourd'hui », a-t-elle déclaré.

Elle a également expliqué qu'elle aurait souhaité pouvoir discuter sereinement avec les habitants de sa commune, tout en regrettant que la gravité des attaques dont elle se dit victime n'ait pas été pleinement comprise.

Vincent Brengarth a, pour sa part, insisté sur les risques liés à la banalisation des propos racistes et au sentiment d'impunité susceptible de résulter d'une absence de réponse pénale.

L'avocat considère que l'absence de mesures judiciaires visibles entretient un cercle dans lequel les auteurs présumés poursuivent leurs attaques, tandis que les victimes qui les dénoncent voient leur parole contestée ou discréditée.

Il a également mis en garde contre les conséquences d'un climat politique dans lequel certains discours racistes pourraient être progressivement considérés comme relevant de simples opinions.

Pour la défense, la justice doit notamment empêcher que les campagnes de haine en ligne aboutissent à l'exclusion des personnes visées de leur environnement social ou professionnel.

L'affaire Joëlle Dambo soulève ainsi plusieurs questions qui dépassent le cadre de Gomené : l'efficacité des dispositifs de lutte contre le cyberharcèlement, les responsabilités des autorités publiques alertées de faits racistes et la protection des personnes ciblées jusque dans leur activité économique.

Le dossier pose plus largement la question de la capacité des institutions françaises à répondre à des campagnes de haine qui, au-delà de l'espace numérique, peuvent affecter durablement la vie personnelle, professionnelle et sociale de leurs victimes présumées.

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