-Le préjudice pourrait atteindre plusieurs millions d’euros
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Des magasins sous enseigne Carrefour sont soupçonnés d’avoir enregistré des ventes fictives pour percevoir les remises financées par leurs fournisseurs et destinées aux consommateurs, selon une enquête de France Télévisions dévoilée jeudi sur franceinfo et diffusée le soir même dans l’émission « Complément d’enquête ». Des exploitants sont soupçonnés d’avoir enregistré des ventes fictives pour percevoir les remises financées par leurs fournisseurs.
Le mécanisme repose sur les promotions dites « remises immédiates » : le client bénéficie d’une réduction en caisse, ensuite prise en charge par la marque du produit. En déclarant des ventes qui n’auraient jamais eu lieu, des magasins auraient obtenu ces remboursements sans avoir accordé de réduction à un consommateur.
Pour documenter ces soupçons, le magazine indique avoir consulté 77 tickets de ventes présumées fictives, répartis sur six journées en 2022 et 2023. Parmi eux, quinze tickets émis dans un même hypermarché en seulement 35 minutes font apparaître des achats de centaines de bouteilles de spiritueux et de plus de 20 000 bouteilles d’eau. Les remises correspondantes auraient théoriquement permis au magasin de percevoir 18 810 euros. Sa direction n’a pas répondu aux sollicitations du magazine.
Plusieurs responsables de magasins interrogés par France Télévisions décrivent des pratiques récurrentes, certains évoquant des montants de 50 000 à 100 000 euros par an.
L’ampleur du phénomène reste toutefois à établir. Selon le magazine, un fournisseur avait alerté Carrefour dès 2024 sur des anomalies concernant 300 à 400 magasins. L’Institut de liaisons des entreprises de consommation (Ilec), qui représente des marques, estime auprès de l’émission que le préjudice pourrait se chiffrer en millions d’euros. Sur 55 industriels ayant répondu à son questionnaire, 17 disent avoir constaté des remboursements anormaux.
Ces révélations interviennent alors qu’une procédure judiciaire est en cours concernant un magasin d’Illzach, près de Mulhouse, où le détournement présumé atteindrait 1,5 million d’euros. Selon les éléments rapportés par France Télévisions, son ancien locataire-gérant a été mis en examen le 13 mai, notamment pour escroquerie en bande organisée et abus de biens sociaux. Il reste présumé innocent.
Sollicité par le magazine, Carrefour condamne ces pratiques et affirme avoir renforcé ses contrôles après des alertes reçues il y a un peu moins de deux ans. Le groupe souligne que la falsification délibérée de données informatiques est complexe à détecter. Il s’est constitué partie civile dans l’affaire d’Illzach.
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