- Lors de la 13e Semaine de l’innovation à Istanbul, le président turc a souligné l’importance des technologies de pointe pour l’économie et la souveraineté numérique, visant 100 000 start-up technologiques d’ici à 2030
ISTANBUL (AA)
Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a affirmé vendredi que l'investissement dans les technologies de pointe n'était « pas un choix, mais une nécessité » pour la Türkiye, soulignant l'importance d'accélérer la transition vers une production à forte valeur ajoutée.
Le chef de l'État turc s'exprimait lors de la 13e édition de la Semaine de l'innovation, organisée au Centre des congrès d'Istanbul, sous l'égide de l'Assemblée des exportateurs de Türkiye (TIM), avec le soutien du ministère du Commerce, et l'Agence Anadolu en tant que partenaire média.
« Grâce à notre Initiative technologique nationale, nous avons mis en place une immense infrastructure de recherche-développement et d'innovation, dont seuls quelques pays disposent », a déclaré Erdogan.
« Notre objectif est de créer 100 000 entreprises technologiques d'ici à 2030, pour une valorisation totale de 100 milliards de dollars », a-t-il ajouté.
Le président turc a également indiqué que son pays œuvrait à transformer les anciens terminaux de passagers de l'aéroport Ataturk en « plus grand centre de technologie et d'entrepreneuriat au monde », sous le nom de « Terminal Istanbul ».
Il a rappelé que la Türkiye avait exporté, l'année dernière, pour plus de 10 milliards de dollars de produits issus des industries de défense et de l'aéronautique vers 180 pays et territoires.
- « L'oligarchie technologique ne cible pas seulement certains pays, mais le monde entier »
Erdogan a estimé qu'il était essentiel de déterminer dans quelle mesure le monde des affaires était préparé à cette nouvelle ère, marquée par des transformations profondes dans de nombreux domaines, notamment l'intelligence artificielle, la robotique, les biotechnologies, les systèmes de données et les technologies autonomes.
Il a toutefois déploré que la dimension humaine ne soit pas suffisamment prise en compte face à l'évolution rapide des technologies.
Le président turc a souligné que les interrogations sur les relations entre l'être humain et la technologie se multipliaient ces derniers temps.
« Les points d'interrogation se multiplient et la confiance cède progressivement la place aux inquiétudes, non seulement dans les milieux intellectuels, mais aussi dans le monde des affaires, les milieux universitaires et l'ensemble de la société », a-t-il déclaré.
Évoquant les précédentes révolutions technologiques, Erdogan a rappelé que les innovations avaient toujours suscité des résistances et des craintes.
« Lorsque nous examinons l'histoire de l'humanité, nous constatons que certains ont résisté au changement, que d'autres l'ont redouté ou se sont inquiétés de perdre les possibilités dont ils disposaient. Il en sera de même à l'avenir. Mais, à chaque fois, un compromis a fini par être trouvé entre l'être humain et la technologie, et les technologies initialement contestées sont devenues, avec le temps, des éléments indispensables de la vie humaine », a-t-il expliqué.
Selon Erdogan, des préoccupations similaires se manifestent aujourd'hui à propos de nombreuses innovations, en particulier de l'intelligence artificielle.
« Il ne fait aucun doute qu'une grande partie de ces inquiétudes est parfaitement légitime et fondée. L'oligarchie technologique ne cible pas uniquement certains pays, mais le monde entier », a-t-il averti.
Le président turc a également évoqué une déclaration en 22 points, publiée en avril par une entreprise spécialisée dans l'analyse de données et opérant dans les domaines de la défense, du renseignement et de la sécurité, estimant que ce document révélait les dangers auxquels l'humanité pourrait être confrontée.
« Ce document nous a permis de comprendre la vision que cette mentalité porte sur l'être humain, la vie et la société. Elle contrôle des budgets colossaux, de plusieurs centaines de milliards de dollars, et considère le monde comme un puzzle dont elle peut déplacer les pièces à sa guise », a-t-il dénoncé.
Erdogan a estimé que l'humanité n'était pas encore en mesure de mesurer pleinement l'ampleur de cette nouvelle menace, qualifiée par certains de « technocratie » et par d'autres de « fascisme technologique ».
Il a également attiré l'attention sur les conséquences potentielles des « usines sans personnel », dites « usines sombres », dans lesquelles l'intervention humaine est quasiment inexistante, notamment en matière d'emploi.
Le président turc a souligné l'importance d'engager dès maintenant une réflexion approfondie sur ces questions, en les abordant sous différents angles, notamment celui du monde du travail.
Il a, à cet égard, remercié les participants à la Semaine de l'innovation de Türkiye pour leurs contributions, leurs idées, leurs expériences et leurs propositions dans le cadre des discussions consacrées à ces enjeux.
- La Türkiye vise 100 000 start-up technologiques d'ici à 2030
Abordant les progrès réalisés par son pays en matière de recherche et d'innovation, Erdogan a indiqué que les dépenses consacrées à la recherche et au développement étaient passées de 1,2 milliard de dollars en 2002 à 20 milliards de dollars.
Il a également précisé que le nombre de technoparcs, qui n'étaient qu'une poignée il y a 24 ans, avait atteint 115 aujourd'hui.
Le chef de l'État a réaffirmé l'ambition de la Türkiye de créer 100 000 start-up technologiques d'ici à 2030, pour une valorisation globale de 100 milliards de dollars.
Il a insisté sur le caractère stratégique de ces investissements, tant pour le développement économique que pour la souveraineté numérique du pays.
- Les exportations des industries de défense dépassent 10 milliards de dollars
Évoquant les avancées enregistrées dans les secteurs de la défense et de l'aéronautique, Erdogan a souligné que la Türkiye avait considérablement réduit sa dépendance à l'égard des fournisseurs étrangers.
Il a rappelé qu'en 2002, la part des composants produits localement dans ces secteurs ne dépassait pas 20 %, tandis que les exportations s'élevaient à seulement 248 millions de dollars.
À cette époque, la Türkiye était contrainte d'importer une grande partie des équipements essentiels à ses systèmes de sécurité, certains fournisseurs étrangers allant jusqu'à imposer des restrictions sur leur utilisation et sur les cibles contre lesquelles ils pouvaient être employés, a-t-il expliqué.
Le président turc a rappelé que cette dépendance avait posé de nombreuses difficultés à son pays, depuis l'intervention militaire turque à Chypre jusqu'aux opérations de lutte contre le terrorisme.
Il a toutefois assuré que les mesures prises ces dernières années avaient profondément transformé cette situation.
« Aujourd'hui, notre industrie de défense compte plus de 4 500 entreprises, mène plus de 1 400 projets et emploie directement près de 100 000 personnes, tandis que la valeur totale de ses projets dépasse les 100 milliards de dollars », a-t-il déclaré.
Erdogan a également indiqué que les exportations turques de produits de défense et d'aéronautique avaient dépassé 10 milliards de dollars l'année dernière, à destination de 180 pays et territoires.
Enfin, il a précisé que les exportations du secteur avaient progressé de 15,6 % entre janvier et septembre 2026, par rapport à la même période de l'année précédente, pour atteindre 6,9 milliards de dollars.
*Traduit de l'arabe par Wafae El Baghouani
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