-Garanties de sécurité, modernisation de l’armée qatarienne et positions communes sur les crises régionales : les deux pays précisent les contours de leur coopération
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
La France et le Qatar ont annoncé mercredi la signature de deux lettres d’intention, l’une portant sur des garanties de sécurité et de défense, l’autre sur la sélection de KNDS France et de John Cockerill Defense pour moderniser les forces terrestres qatariennes, selon une déclaration conjointe diffusée par l’Élysée.
Les négociations concernant la modernisation des forces terrestres doivent être finalisées prochainement. Le communiqué ne précise ni montant ni volume d’équipements, et ne détaille pas les modalités des garanties de sécurité et de défense.
-Une coopération militaire élargie
Les deux pays prévoient de renforcer leurs capacités de défense et leur coopération militaire, notamment par une intégration accrue entre les forces terrestres qatariennes et l’armée de terre française. Le partenariat autour du Rafale doit également être approfondi avec un renforcement des capacités de l’armée de l’air qatarienne.
Doha a salué le déploiement de capacités de défense aérienne et exprimé son intérêt pour une coopération accrue dans ce domaine. Les deux parties mentionnent aussi des contrats déjà signés concernant des radars et des satellites de communication.
Un plan d’action renouvelé et élargi de trois ans doit encadrer la coopération en sécurité intérieure et en protection civile. Paris et Doha entendent également approfondir leur coopération en cybersécurité et contre le terrorisme, l’extrémisme violent et les flux financiers illicites.
-Iran et Ormuz : condamnation et appel à la désescalade
Les deux pays condamnent les attaques militaires iraniennes contre les pays de la région, qu’ils qualifient de grave violation du droit international, et demandent le rétablissement de la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, sans restrictions ni redevances.
Ils soutiennent une solution diplomatique face aux menaces iraniennes, notamment pour garantir de manière vérifiable le caractère exclusivement pacifique du programme nucléaire de Téhéran.
Emmanuel Macron a réaffirmé la solidarité française avec le Qatar et salué ses efforts de médiation. Les deux dirigeants souhaitent intensifier leur coordination pour favoriser la désescalade, Doha réaffirmant son engagement pour la sécurité énergétique mondiale et la stabilité des approvisionnements.
-Gaza et Liban : retrait israélien et soutien aux civils
Sur Gaza, Paris et Doha soutiennent la résolution 2803 du Conseil de sécurité et le plan de Donald Trump. Ils demandent le respect des engagements, dont l’application du cessez-le-feu, le retrait israélien selon les arrangements convenus et l’acheminement urgent, sûr et sans entrave de l’aide humanitaire, sans conditions ni restrictions.
Ils réaffirment leur soutien à une solution à deux États conformément à la Déclaration de New York, s’opposent à toute annexion de la Cisjordanie et appellent à mettre fin à la colonisation israélienne et aux violences des colons. Ils soutiennent également la tenue d’élections palestiniennes.
Au Liban, les deux pays estiment que la fin du mandat de la FINUL ne doit pas créer de vide sécuritaire. Ils soulignent l’importance de maintenir une présence internationale et le soutien aux autorités et à l’armée libanaises pour appliquer la résolution 1701.
Ils soutiennent l’application intégrale de l’accord-cadre tripartite mentionné dans le communiqué, en vue du rétablissement de la souveraineté libanaise sur l’ensemble du territoire, du désarmement du Hezbollah et du retrait israélien complet. Ils soulignent aussi la nécessité de réformes économiques et financières et entendent poursuivre l’aide humanitaire.
En Syrie, ils souhaitent soutenir des projets de stabilisation et de relance économique avec les autorités syriennes. Leur coordination concerne également la Libye, le Soudan, la Corne de l’Afrique, les Grands Lacs, le Yémen, les processus politiques conduits par l’ONU et les efforts pour une paix juste et durable en Ukraine.
-Énergie, investissements et autres partenariats
Paris et Doha veulent élargir leur coopération énergétique, notamment dans l’industrie, la recherche et la diversification des sources, ainsi que dans la gestion de l’eau. Ils réaffirment leurs engagements au titre de l’Accord de Paris.
Ils souhaitent favoriser les investissements réciproques dans l’énergie, les communications, le numérique, l’intelligence artificielle, le quantique, la cybersécurité et la défense, ainsi que les infrastructures, les transports, l’immobilier, le tourisme, l’éducation, la santé et la culture.
Le texte mentionne les investissements de Qatar Investment Authority, notamment à travers un fonds commun avec Bpifrance, et de nouvelles possibilités pour les entreprises françaises au Qatar.
Les autres engagements concernent la recherche, l’enseignement, les échanges linguistiques, le patrimoine, les industries culturelles, le sport, la jeunesse et le tourisme. Ils comprennent la mise en œuvre des accords culturels de 2025, le soutien à l’Institut du monde arabe et à la défense civile syrienne, ainsi que les actions humanitaires et de développement dans des pays tiers.
Les deux pays souhaitent également renforcer les partenariats avec l’Afrique et les relations entre l’Union européenne et le Conseil de coopération du Golfe.
-Une visite sur fond de crise régionale
La déclaration a été publiée à l’occasion de la visite d’État d’Emmanuel Macron à Doha, les 20 et 21 octobre, dans le prolongement de celle de l’émir Tamim ben Hamad Al-Thani en France en février 2024.
Le quatrième dialogue stratégique bilatéral s’est tenu en marge de cette visite, sous la coprésidence du Premier ministre et chef de la diplomatie qatari, Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani, et du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot.
Cette étape conclut une tournée d’Emmanuel Macron dans le Golfe, du 19 au 21 octobre, consacrée à la stabilité régionale, à la libre navigation à Ormuz et à la sécurisation et à la diversification des approvisionnements énergétiques français, selon l’Élysée.
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