-Plus de 3 800 personnes ont fui les violences au Yémen pour rejoindre Djibouti. Face aux risques de propagation de maladies infectieuses, l'OMS alerte sur la fragilité du système sanitaire et appelle à une mobilisation urgente de fonds
AA / Bamako / Amarana Maiga
L'afflux de milliers de personnes fuyant les violences au Yémen fait craindre une aggravation de la situation sanitaire à Djibouti.
Mardi, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a alerté sur les risques de propagation de maladies infectieuses dans ce pays de la Corne de l'Afrique, dont les capacités sanitaires restent limitées.
Dans un communiqué publié le 13 octobre, l'organisation indique que plus de 3 800 personnes ayant fui les violences au Yémen avaient rejoint Djibouti au 2 octobre. Cette arrivée massive exerce une pression supplémentaire sur les structures de santé, déjà confrontées à un manque de moyens.
À Obock, dans le nord du pays, les autorités sanitaires ont recensé 44 cas de diarrhée aqueuse aiguë et un décès au 8 octobre. La situation suscite des inquiétudes particulières dans le camp de réfugiés de Markazi, où un seul centre de santé doit répondre aux besoins d'une population confrontée à des conditions de vie difficiles. Le manque de personnel médical et d'équipements complique davantage la prise en charge des malades.
L'OMS met en garde contre les risques liés aux déplacements de population, notamment lorsque l'accès à l'eau potable, aux installations sanitaires et aux soins reste insuffisant. Ces conditions peuvent favoriser la propagation du choléra et d'autres maladies infectieuses, en particulier dans les lieux où les populations déplacées sont regroupées.
-Un déficit de financement de 550 000 dollars à Djibouti
Face à cette situation, l'OMS appelle à une mobilisation rapide de ressources financières pour renforcer la surveillance épidémiologique et améliorer la prise en charge des personnes malades. L'organisation estime à 700 000 dollars les fonds nécessaires pour faire face à l'urgence sanitaire à Djibouti. À ce jour, seuls 150 000 dollars ont été mobilisés grâce à son Fonds de réserve pour les situations d'urgence. Il manque donc encore 550 000 dollars pour financer l'ensemble des interventions prévues.
Ces ressources doivent notamment servir à renforcer la surveillance sanitaire le long des itinéraires empruntés par les personnes déplacées, à accroître les capacités de traitement à Obock et à soutenir le Centre opérationnel d'urgence de santé publique.
-Au Yémen, plus de 8 000 cas suspects de choléra depuis janvier
Les inquiétudes de l'OMS dépassent les frontières de Djibouti. Au Yémen, l'intensification des violences depuis le 6 août dernier s'accompagne d'une dégradation de la situation sanitaire, marquée par la recrudescence de plusieurs maladies infectieuses.
Selon l'organisation, plus de 200 000 personnes ont été déplacées dans dix gouvernorats du pays. Dans le même temps, les cas suspects de choléra ont fortement augmenté, passant de 217 à 647 par semaine en l'espace de trois semaines.
Depuis le début de l'année, le Yémen a enregistré 8 034 cas suspects de choléra et 27 décès. Près d'un quart de ces cas ont été signalés au cours des quatre dernières semaines, témoignant de l'aggravation récente de la situation.
La rougeole représente également une menace importante, notamment pour les enfants. Plus de 22 800 cas suspects et 128 décès ont été recensés depuis janvier.
« Les familles fuyant les conflits sont désormais confrontées à une autre menace : des maladies qui peuvent être prévenues et traitées », a déclaré la Dre Annette Heinzelmann, directrice régionale des services d'urgence.
Pour l'OMS, la dégradation des conditions sanitaires au Yémen pourrait avoir des conséquences au-delà de ses frontières, en particulier à Djibouti, où l'arrivée de populations déplacées accroît les besoins en soins dans un système de santé déjà fragilisé.
Afin de répondre à l'urgence sanitaire au Yémen, l'organisation estime ses besoins à 31 millions de dollars pour une période de 90 jours. Sur cette somme, le déficit de financement atteint 26,7 millions de dollars.
L'OMS appelle ainsi la communauté internationale à renforcer son soutien pour limiter la propagation des épidémies, garantir l'accès aux soins essentiels et protéger les populations les plus vulnérables, aussi bien au Yémen qu'à Djibouti.
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